Search and Rescue (3)



Bon, une fois encore vous m’avez époustouflée avec toutes vos réponses à mes histoires ! J’arriverai jamais à tous vous répondre, donc je vais juste parler des sujets qui reviennent souvent, et j’enchainerai avec les histoires. Je vais en écrire autant que possible, en plus de celles de mes amis, et puis je ne posterai probablement plus avant d’avoir eu une chance d’obtenir les réponses à certaines questions que j’ai pour mes supérieurs.


Très bien, alors les questions que vous semblez tous avoir :




• Malheureusement je préfère ne pas vous dire précisément où je travaille. Honnêtement, certaines des choses dont j’ai parlé ici pourraient m’attirer beaucoup d’ennuis, je pourrais même être virée, donc il vaut mieux que je ne donne pas trop de précisions. Disons juste que je suis aux Etats-Unis, dans une région assez sauvage. On a des centaines de kilomètres carrés de forêts épaisses, avec une chaîne de montagnes et quelques lacs.




• Il y a toujours beaucoup d’intérêt pour les escaliers, et vous avez de la chance, un de mes amis a justement une histoire à ce sujet qui pourrait beaucoup vous plaire. J’en parlerai plus à la fin de ce post. Pour ce qui est de savoir si j’ai déjà pensé à en parler à mes supérieurs, oui ça m’est déjà arrivé, mais c’est la même chose que tout à l’heure, j’ai pas envie de perdre mon boulot. Toutefois, un de mes anciens chefs ne travaille plus en tant qu’agent SAR, et c’est possible qu’il veuille bien me donner des infos sur le sujet. J’irai lui parler à la fin de la semaine, et je vous tiendrai au courant.




• Et pour ceux qui veulent des conseils pour devenir agent SAR, le mieux reste de contacter votre Service des Forêts local, et de voir s’ils proposent des stages, ou quelles sont les qualifications requises. Ça fait des années que je fais ce job, et j’ai commencé comme volontaire sur des opérations de recherches. C’est un super métier, à part les quelques moments tragiques, et je n’en changerais pour rien au monde.




Allez, passons aux histoires :



• La première m’est arrivée lors d’une de mes toutes premières affaires, et je découvrais encore un peu tout. Avant de faire ce job, j’étais une volontaire, donc je savais un peu à quoi m’attendre, mais en tant que telle je me contentais de retrouver les personnes disparues une fois qu’un vétéran avait trouvé leur trace. En tant qu’agent SAR, les affaires sont bien plus variées, des morsures d’animaux aux crises cardiaques. On nous a appelés sur celle-ci tôt dans la matinée, un jeune couple qui était sur un des chemins près du lac. Le mari était complètement hystérique, et on avait du mal à comprendre ce qui se passait. On entendait la femme crier un peu plus loin, et elle nous suppliait de la rejoindre au plus vite. Lorsqu’on arrive, on le voit qui la tient dans ses bras, et elle qui tient quelque chose dans les siens. Elle pousse ces hurlements horribles, presque comme un animal, en pleurnichant. Le mari nous aperçoit, et nous crie de les aider, de faire venir une ambulance. Sauf qu’évidemment une ambulance ne peut pas rouler sur ce sentier, donc on lui demande si sa femme a besoin d’aide, ou si elle peut marcher toute seule. Il est toujours hystérique, mais parvient à nous dire que ce n’est pas sa femme qui a besoin d’aide. Je vais la voir pendant qu’un vétéran essaie de le calmer, et je lui demande ce qui se passe. Elle se balance, en tenant quelque chose, et en criant encore et encore. Je m’accroupis, et je constate que ce qu’elle tient est couvert de sang. Puis je remarque le porte-bébé, et mon cœur se noue. Je lui demande de m’expliquer ce qu’il se passe, et j’essaie de lui ouvrir les bras en douceur pour voir ce qu’elle tient. C’est son bébé, mort à l’évidence. Sa tête était défoncée sur un côté, et il était couvert d’égratignures. Alors, j’avais déjà vu des cadavres auparavant, mais quelque chose dans cette scène me choque profondément. Il m’a fallu un instant pour reprendre mon sang-froid et aller chercher un des vétérans qui attendait. Je lui dis qu’il s’agit d’un gosse mort, et il me prend gentiment l’épaule, en me disant qu’il va s’en occuper. Ça nous a pris plus d’une heure pour que cette femme nous laisse voir son enfant. A chaque fois qu’on essaie de lui prendre, elle panique et nous dit qu’on ne peut pas l’avoir, qu’il ira bien si on la laisse s’en occuper seule. Mais finalement, un de nos vétérans parvient à la calmer, et elle nous donne le corps. On le ramène à l’infirmerie, mais lorsque les médecins sont arrivés, ils nous ont dit qu’il n’y avait jamais eu la moindre chance de le sauver. Il est mort sur le coup du traumatisme crânien. J’étais amie avec une des infirmières qui les a accueillis à l’hôpital, et elle m’a expliqué ce qui s’est passé. Apparemment, le couple avait l’enfant dans le porte-bébé, et ils se sont arrêtés parce qu’il s’agitait. Le père l’a prit dans ses bras, pendant qu’il observe cette petite ravine près du chemin. La mère vient à ses côtés, mais elle marche sur une parcelle de sol friable, et elle dérape. Elle rentre dans le père, qui lâche l’enfant, et ce dernier fait une chute de six mètres sur les rochers au fond de la ravine. Le père est descendu le chercher, mais il était tombé pile sur la tête, et il était déjà mort. Il n’avait que 15 mois. Ce n’était qu’un accident ridicule, une série d’évènements qui ont conduit au pire scénario possible. C’est probablement une des pires affaires sur lesquelles j’ai été appelée.




• Je n’ai pas vu beaucoup de morsures d’animaux durant mes années de service, probablement parce qu’il n’y en a pas beaucoup qui s’aventurent dans la région. Bien qu’il y ait des ours dans le coin, ils ont tendance à éviter les hommes, et il est très rare d’en voir. Ce sont surtout de petites bêtes qu’on peut croiser, comme des coyotes, des ratons-laveurs ou des mouffettes. Ce qu’on voit souvent, en revanche, ce sont les élans. Et croyez-moi, les élans sont de vrais enfoirés. Ils chargent n’importe quoi sans raison, et que Dieu vous aide si vous vous retrouvez entre une femelle et son petit. Un des appels les plus amusants qu’on ait reçu était celui d’un gars qui avait été poursuivi par un énorme élan mâle, et qui s’était retrouvé coincé dans un arbre. Ça nous a pris facilement une heure pour le faire descendre, et quand il s’est retrouvé à terre il m’a regardé, et m’a dit : « Bordel, cet enfoiré est pas passé loin. » C’est pas vraiment une histoire effrayante, mais elle nous fait toujours rire.




• Honnêtement je sais pas comme j’ai pu oublier cette histoire, mais c’est de loin la chose la plus effrayante qui me soit arrivée. Je suppose que j’ai essayé de l’oublier pendant tellement longtemps qu’elle ne m’est pas venue à l’esprit tout de suite. Quand tu passes littéralement tout ton temps dans les bois, la première chose à éviter c’est de laisser l’idée de se retrouver seul t’effrayer, ou celle d’être au milieu de nulle part. C’est pourquoi, quand ça nous arrive, on a tendance à l’oublier et on passe à autre chose. A ce jour, c’est le seul évènement qui m’a poussé à sérieusement me demander si j’étais faite pour ce boulot. Je n’aime pas trop en parler, mais je vais faire de mon mieux pour m’en souvenir. Autant que je m’en souvienne, ça s’est passé à la fin du printemps. C’était un cas de disparition d’enfant typique, une fille de quatre ans qui s’est aventurée au-delà du campement familial, et qui n’étais pas revenue depuis deux heures. Les parents étaient totalement abattus, et nous ont dit ce que la plupart disent : mon enfant n’irait jamais se perdre, elle est si sage, elle n’a jamais rien fait de semblable auparavant. On promet aux parents de faire tout ce qu’on peut pour la retrouver, et on se déploie en formation de recherche classique. J’étais en duo avec un bon ami, et on discutait de tout et de rien en cherchant. Je sais que ça a l’air désinvolte, mais on devient un peu blasé à force de faire ce job. Ça devient habituel, et je pense qu’il vaut mieux savoir se désensibiliser pour bien faire le boulot. On cherche pendant facilement deux heures, bien au-delà de sa position présumée, et on arrive à une petite vallée lorsque quelque chose nous fait tous les deux nous arrêter au même moment. Immobiles, on s’échange un regard, et c’est presque comme si un avion se dépressurisait. Mes oreilles se sont bouchées, et j’ai eu l’étrange impression de tomber de trois mètres. Je m’apprête à demander à mon pote s’il a ressenti la même chose, mais je n’ai pas le temps d’articuler un son qu’on entend le bruit le plus fort que j’ai jamais entendu. C’est presque comme un train de marchandises qui nous passerait dessus, mais ça vient de partout à la fois, y compris d’au-dessus et d’en-dessous. Mon ami me crie quelque chose, mais je n’ai rien compris avec ce rugissement assourdissant. Un peu effrayés, vous vous en doutez, on regarde autour de nous, pour trouver la source du bruit, mais aucun de nous ne voit quoi que ce soit. Bien entendu, j’ai d’abord pensé à un glissement de terrain, mais nous ne sommes proches d’aucune falaise, et même dans ce cas nous aurions déjà été ensevelis. Le bruit continue, et on essaie de se crier l’un à l’autre, mais même en étant côte à côte, on n’entend rien d’autre que ce bruit. Et d’un coup, aussi soudainement qu’il est apparu, il s’arrête, comme si quelqu’un avait appuyé sur marche/arrêt. On reste là un instant, parfaitement immobiles, et progressivement les bruits normaux de la forêt reviennent. Il me demande ce que c’était ce bordel, mais je me contente d’hausser les épaules, et on se regarde pendant une minute. Je prends ma radio, et je demande si quelqu’un d’autre vient d’entendre la putain de fin du monde, mais apparemment nous sommes les seuls, alors qu’on est tous à portée de voix. On choisit de l’ignorer avec mon pote, et de continuer à avancer. Environ une heure plus tard, on vérifie par radio, et personne n’a trouvé la petite fille. La plupart du temps, on ne cherche pas quand la nuit tombe, mais là comme on n’a aucune trace d’elle, quelques-uns d’entre nous décident de poursuivre, y compris mon pote et moi. On reste groupés, et on l’appelle toutes les deux minutes. A ce moment, j’espère vraiment qu’on va la trouver, parce que bien que je n’aime pas les enfants, l’idée qu’ils soient tout seuls dehors dans la nuit est horrible. Si les bois peuvent être impressionnants pour les enfants de jour, la nuit c’est bien pire encore. Mais on ne trouve aucun signe d’elle, et toujours pas de réponse à nos appels, donc autour de minuit on décide de rentrer au point de rencontre. On est à mi-chemin quand mon pote s’arrête et éclaire de sa lampe un groupe d’arbres morts, très dense, à notre droite. Je lui demande s’il a entendu une réponse, mais il me dit juste d’être silencieuse un instant et d’écouter. Je m’exécute, et je perçois au loin ce qui ressemble aux pleurs d’un enfant. On appelle tous les deux le nom de la fille et on tend l’oreille pour sa réponse, mais n’y a que ces pleurs très faibles. Nous nous dirigeons vers ces arbres morts et on les contourne en appelant son nom. A mesure que l’on se rapproche des pleurs, je commence à avoir cette étrange sensation, et je dis à mon pote que quelque chose ne va pas. Il me dit qu’il ressent la même chose, mais qu’il ne parvient pas à savoir pourquoi. On s’arrête sur place, et on appelle le nom de la fille une fois encore. Et au même moment, on comprend tous les deux. Les pleurs sont en boucle. C’est un petit pleurnichement, puis un gémissement, puis un hoquet silencieux, et ça se répète sans cesse. Ce sont exactement les mêmes à chaque fois, et sans dire un mot de plus, on prend tous les deux nos jambes à notre cou. C’est la seule fois où j’ai perdu mon sang-froid comme ça, mais il y avait quelque chose là-dedans de terriblement faux, et aucun de nous deux ne voulait rester dehors. Quand on est arrivé au point de rencontre, on a demandé aux autres s’ils avaient entendu quoi que ce soit d’étrange, mais personne d’autre ne voyait de quoi on parlait. Je sais que ça fait un peu décevant, mais cet appel m’a troublé pendant longtemps. Et pour ce qui est de la petite fille, on n’a jamais trouvé la moindre trace d’elle. On reste toujours à l’affut de signes, comme pour toutes les personnes qu’on n’a jamais retrouvées, mais franchement je doute qu’on ait des résultats.




• De toutes les affaires de personnes disparues sur lesquelles j’ai bossé, seulement quelques-unes n’ont donné aucun résultat, c’est-à-dire aucune trace de la personne, et aucun corps retrouvé. Mais parfois, le fait de trouver quelque chose peut mener à plus de questions que de réponses. Voilà quelques-uns des corps qu'on a retrouvés et qui sont devenus célèbres dans notre équipe :



• Un adolescent dont les restes ont été retrouvés presque un an après qu’il ait disparu. On a trouvé le haut de son crâne, deux os de doigts, et sa caméra à presque soixante kilomètres de l’endroit où il avait été vu pour la dernière fois. La caméra était malheureusement détruite.



• Le bassin d’un vieil homme qui avait disparu un mois plus tôt. C’est tout ce qu’on en a retrouvé.




• La partie inférieure de la mâchoire d’un garçon de deux ans, ainsi que son pied droit, au sommet du plus haut pic d’une crête au sud du parc.




• Le corps d’une fille de dix ans avec le syndrome de Down, presque trente kilomètres de là où elle avait disparu. Elle était morte de froid trois semaines après sa disparition, et tous ses vêtements étaient en parfait état à l’exception de ses chaussures et de sa veste. Lors de l’autopsie, ils ont trouvé des baies et de la viande cuite dans son estomac. Le médecin a dit que c’était comme si quelqu’un s’était occupé d’elle. Il n’y a jamais eu de suspect identifié.





• Le corps gelé d’un bébé d’un an, trouvé une semaine après qu’il ait disparu dans le tronc creux d’un arbre, à quinze kilomètres de l’endroit où il avait été vu pour la dernière fois. Il y avait du lait frais dans son estomac, mais sa langue avait disparu.




• Une simple vertèbre et le genou droit d’une fille de trois ans, trouvée dans la neige à presque trente kilomètres du terrain de camping où elle s’était rendue avec sa famille l’été précédent.




• Passons maintenant à deux histoires que m’a racontées mon ami. Comme je l’ai déjà dit, vous semblez tous intéressés par les escaliers, et vous avez de la chance, il a eu une aventure particulière avec eux. Bien qu’il n’ait aucune explication à leur donner, il a un peu plus d’expérience avec eux que moi.



• Mon pote est un agent SAR depuis environ sept ans, il a commencé pendant son année de licence, et il lui est arrivé la même chose qu’à moi la première fois qu’il a rencontré les escaliers. Son tuteur lui a tenu à peu près le même discours que le mien, c’est-à-dire de ne jamais s’en approcher, ni de les toucher ou de les monter. Pendant sa première année, c’est ce qu’il a fait, mais apparemment sa curiosité a fini par l’emporter, et lors d’un appel il s’est éloigné du groupe pour aller en voir un. Il m’a dit qu’ils étaient à environ une quinzaine de kilomètres du chemin d’où une jeune fille avait disparu, et que les chiens suivaient une piste. Il était seul, à la traine derrière le groupe, lorsqu’il a aperçu un escalier à sa gauche. Il avait l’air de venir d’une maison neuve, parce que la moquette était blanche et immaculée. Il m’a dit qu’à mesure qu’il s’en approchait, il ne se sentait pas différent, et n’entendait pas de bruits bizarres. Il s’attendait à quelque chose, comme saigner de ses oreilles ou s’évanouir, mais il parvient juste à côté sans rien ressentir. La seule chose étrange, m’a-t-il dit, était qu’il n’y avait absolument aucun débris dessus. Pas de terre, de feuilles, ou de poussière, rien. Et il ne semblait pas y avoir le moindre signe d’animaux ou d’insectes présents aux alentours, ce qu’il a trouvé anormal. Ce n’était pas comme si la faune évitait l’endroit, mais plutôt comme si l’escalier se trouvait dans un coin désert de la forêt. Il l’a touché, et n’a rien ressenti, à part cette sensation particulière de la moquette neuve. En s’assurant que sa radio fonctionnait, il a doucement commencé à monter les marches ; il m’a dit que c’était terrifiant, à cause de tout ce qu’on nous avait raconté dessus, il ne savait pas vraiment à quoi s’attendre. En blaguant, il m’a dit qu’il s’attendait soit à être téléporté dans une autre dimension, soit à ce qu’un OVNI apparaisse. Mais il est arrivé au sommet sans que rien de tout cela ne se passe, et il est resté là, à regarder autour de lui. Cependant, il m’a dit que plus il y restait, plus il avait cette sensation de faire quelque chose de vraiment, vraiment mal. Il m’a décrit ce sentiment comme celui qu’on aurait en étant dans un bâtiment du gouvernement sans en avoir le droit. Comme si quelqu’un allait venir pour l’arrêter, ou lui tirer dans la nuque, à tout moment. Il a essayé de ne pas y penser, mais la sensation ne cessait de devenir plus forte, et c’est alors qu’il a réalisé qu’il ne pouvait plus rien entendre. Les bruits de la forêt avaient disparu, et il ne pouvait même plus entendre sa propre respiration. C’était comme une espèce d’acouphène bizarre et horrible, mais plus oppressant encore. Il en est descendu et est parti rejoindre le groupe, sans en parler à personne. Mais le plus étrange restait à venir, m’a-t-il dit. A la fin de la journée, après la recherche, une fois de retour au centre d’accueil, son tuteur l’attendait, et l’a accosté avant que mon pote ne puisse s’éclipser. Son tuteur avait l’air très en colère, alors il lui a demandé ce qui n’allait pas. « Tu les as monté, n’est-ce pas. » Mon pote m’a dit que ce n’était pas formulé comme une question. Il a demandé à son tuteur comment il le savait. Ce dernier s’est contenté de secouer la tête. « Parce qu’on ne l’a pas retrouvée, les chiens ont perdu sa trace. » Mon pote lui a demandé où était le rapport. Le tuteur lui a demandé combien de temps il était resté sur l’escalier, et mon pote lui a répondu que ça n’avait pas dépassé une minute. Le tuteur lui a lancé un regard noir, presque méchant, et lui a dit que s’il remontait un jour sur des escaliers il serait viré. Immédiatement. Le tuteur s’éloigna, et je suppose qu’il n’a jamais répondu à aucune des questions que mon pote a pu lui poser sur le sujet depuis.




• Mon pote a participé à beaucoup d’affaires de disparitions où il n’y avait aucune trace des victimes. J’ai déjà fait allusion à David Paulides, et mon pote a dit qu’il peut confirmer que ces histoires sont, pour la plupart, exactes. Il a dit que le plus souvent, si la personne n’est pas retrouvée sur-le-champ, soit elle n’est jamais retrouvée, soit elle l’est des semaines, voire des mois plus tard, dans des endroits qu’elle n’aurait pas pu atteindre seule. Une des histoires qu’il m’a racontées est sortie du lot, au sujet d’un garçon de cinq ans avec un sérieux handicap mental.



Le petit garçon a disparu d’une aire de piquenique vers la fin de l’automne. En plus de ses troubles mentaux, il était également handicapé physiquement, et ses parents n’ont pas arrêté de nous expliquer qu’il était tout simplement impossible qu’il ait pu disparaître comme ça. Impossible. Il avait dû être enlevé. Mon pote a dit qu’ils ont fouillé les bois pendant des semaines pour le retrouver, bien au-delà de la zone de recherche standard, mais c’était comme s’il n’avait jamais été là. Les chiens n’ont jamais eu la moindre piste, pas même dans l’aire de piquenique d’où il s’était apparemment évaporé. On a suspecté les parents, mais il était assez évident qu’ils étaient ravagés, et qu’ils n’avaient rien fait de mal à leur enfant. Les recherches ont pris fin environ un mois plus tard, et mon pote m’a dit que tout le monde avait oublié cette histoire à la fin de l’hiver. Il était de sortie pour une opération d’entrainement dans la neige, sur l’un des plus hauts pics, lorsqu’il est tombé sur quelque chose dans la neige. Il a dit qu’il l’avait d’abord aperçu de loin, et qu’il a réalisé en s’approchant qu’il s’agissait d’une chemise, congelée et à moitié enfouie dans la poudreuse. Il a compris qu’elle appartenait à l’enfant grâce à ses motifs particuliers. Il a trouvé le corps de l’enfant vingt mètres plus loin, partiellement enterré dans la neige. Mon pote m’a dit que la mort ne pouvait pas remonter à plus de quelques jours, bien qu’il ait disparu depuis presque trois mois. L’enfant était lové autour de quelque chose, et lorsque mon pote a essuyé la neige pour voir ce que c’était, il n’a presque pas pu en croire ses yeux. C’était un gros morceau de glace qui avait été sculpté de manière à ressembler à une personne. L’enfant le tenait si fort qu’il en avait des engelures sur la poitrine et les mains, visibles malgré le début de décomposition. Il a appelé par radio le reste de l’équipe, et ils ont descendu le corps de la montagne. Il m’a expliqué en bref que cet enfant ne pouvait pas avoir survécu pendant trois mois tout seul, et qu’il n’avait pas pu atterrir sur ce pic. C’était physiquement impossible qu’il ait pu marcher sur soixante-quinze kilomètres et s’être retrouvé au sommet de cette fichue montagne. Pour couronner le tout, il n’y avait rien dans son estomac, ni dans son colon. Rien, pas même de l’eau. D’après mon pote, c’était comme si on l’avait enlevé de la surface du globe, laissé en suspend, puis qu’on l’avait lâché sur cette montagne trois mois plus tard, condamné à mourir de froid. Mon pote ne s’en est jamais vraiment remis.




• La dernière de ses histoires que je vais vous partager a eu lieu assez récemment, il y a quelques mois.



Ils étaient de sortie à la recherche de pumas, parce qu’ils avaient reçu de nombreux signalements. Une de nos tâches est de sillonner les zones où ces animaux ont été vus pour vérifier s’ils y sont effectivement, et le cas échéant prévenir les gens et fermer l’accès à ces chemins. Il était seul dans une partie du parc à la végétation particulièrement dense, au crépuscule, lorsqu’il a entendu ce qui ressemblait à un cri de femme, au loin. Alors, comme vous le savez sûrement, le cri du puma ressemble exactement à celui d’une femme en train d’être assassinée. C’est déroutant, mais ça n’a rien d’anormal. Mon pote a prévenu les autres par radio qu’il en avait entendu un, et qu’il allait continuer de progresser pour voir où commençait son territoire. Il a entendu le puma deux fois de plus, toujours depuis le même endroit, et en a déduit l’étendue approximative du territoire. Il s’apprêtait à rentrer lorsqu’il a entendu un autre cri, cette fois à seulement quelques mètres de lui. Il panique bien sûr, et presse le pas, parce qu’il n’a aucune envie de se retrouver face à un fichu puma et d’être mis en pièces. Tandis qu’il revient sur le chemin, il entend que le cri le suit, alors il se met à courir. Lorsqu’il était à environ un kilomètre de la base, le cri s’est arrêté, et mon pote s’est retourné pour voir ce qui le suivait. Il faisait presque nuit à ce moment, mais il m’a dit qu’au loin, juste avant que le chemin ne bifurque, il pouvait apercevoir ce qui ressemblait à une silhouette masculine. Il l’a appelé, pour l’avertir que les sentiers étaient fermés, et qu’il fallait qu’il revienne au centre d’accueil. La silhouette n’a pas bougé, et mon pote a commencé à s’en approcher. Lorsqu’il n’était plus qu’à une dizaine de mètres, la silhouette a fait, tel qu’il me l’a décrit, un « pas d’une longueur impossible » vers lui, et a poussé le même cri qu’il avait entendu jusque-là. Mon pote n’a rien dit, il a juste fait volte-face et a foncé vers la base, sans regarder en arrière. Lorsqu’il y est arrivé, le cri était retourné dans les bois. Il n’en a parlé à personne d’autre, il s’est contenté de dire qu’il y avait un puma dans les environs, et qu’il faudrait fermer les chemins jusqu’à ce que l’animal soit retrouvé et déplacé.




• Je vais m’arrêter là, puisque c’est déjà un gros pavé. Demain matin, je vais me rendre à un entrainement annuel, donc je serai partie jusqu’au début de la semaine prochaine. Je vais voir beaucoup d’ex-tuteurs, et d’amis qui travaillent dans d’autres zones du parc, et je vais leur demander s’ils n’ont pas des anecdotes qu’ils aimeraient partager. Ça me fait vraiment plaisir que mes histoires vous intéressent autant, et je continuerai à vous en partager à mon retour du stage !

Search and Rescue (2)

Alors je me suis reconnectée ce soir, et j’ai été époustouflée par l’intérêt que vous semblez porter à mes récits. Avant toute chose, j’aimerais éclairer quelques points que vous avez soulevés :


Vous avez été extrêmement nombreux à remarquer la ressemblance entre certaines de mes histoires et celles de David Paulides. Je vous assure que je n’essaie aucunement de le plagier, j’ai le plus grand respect pour lui. En fait c’est son travail qui m’a inspirée à écrire ceci, parce que je peux vérifier beaucoup des choses dont il parle. On a effectivement beaucoup de ces étranges affaires de disparition, et la plupart du temps elles ne sont pas résolues, ou alors on retrouve les personnes dans des endroits où elles n’auraient pas dû être. Personnellement, je n’ai pas bossé sur tant d’affaires de ce genre, mais je peux en partager certaines auxquelles j’ai assisté, et une histoire que m’a racontée mon ami s’y rapportant.
Il y a eu beaucoup de retours sur les escaliers, donc je vais brièvement revenir dessus, et j’ajouterai également une histoire. Ils possèdent différents styles, tailles et formes, sans être tous dans le même état. Certains sont plutôt dégradés, de simples ruines, tandis que d’autres sont flambants neufs. J’en ai déjà vu un qui semblait venir d’un phare : il était métallique et en spirale, genre à l’ancienne. Les escaliers ne montent pas à l’infini, on peut toujours en voir le bout, mais certains sont plus grands que d’autres. Comme je l’ai déjà dit, imaginez-vous que quelqu’un ait copié-collé ceux de votre maison au beau milieu de nulle-part. Je n’ai pas de photos, je n’y ai pas vraiment pensé depuis la dernière fois, et je n’ai pas non plus envie de risquer de perdre mon travail à cause de ça. Je réessayerai plus tard, mais je ne vous promets rien.


Vous avez été quelques-uns à ne pas bien comprendre l’histoire du gars qui a rencontré l’homme sans visage. Juste pour clarifier, lorsque l’alpiniste a atteint le sommet de son pic, il a aperçu un autre homme qui portait une parka et un pantalon de ski. C’était cet homme qui n’avait pas de visage. Désolé pour la formulation déroutante de ce récit, j’essaierai d’éviter à l’avenir.


Bien, passons aux nouvelles histoires :



• En ce qui concerne les personnes disparues, disons qu’elles représentent la moitié des appels que je reçois. Les autres sont pour des sauvetages : des gens qui se blessent en tombant des falaises, qui se brûlent (vous n’avez aucune idée d’à quel point c’est fréquent, principalement des gosses bourrés), ou qui se font mordre par des animaux ou des insectes. On est une équipe soudée, et les plus expérimentés d’entre nous sont excellents pour trouver les personnes perdues. C’est pourquoi les affaires où on ne trouve aucune trace d’elles sont si frustrantes. Une en particulier était rageante pour nous tous, parce qu’on a trouvé une trace de la personne, mais ça n’a fait qu’apporter plus de questions. Un vieil homme s’était baladé seul sur un chemin bien délimité, mais sa femme a appelé pour dire qu’il n’était pas revenu à l’heure prévue. Apparemment il avait des antécédents de convulsions, elle craignait qu’il n’ait pas pris ses médicaments et qu’il ait fait une crise sur le chemin. Avant que vous ne demandiez, j’ignore pourquoi il a pensé que c’était une bonne idée de partir seul, ni pourquoi elle n’était pas allée avec lui. Je ne demande pas ce genre de chose parce qu’au-delà d’un certain point, ça n’a pas vraiment d’importance. Quelqu’un a disparu, et c’est mon job de le retrouver. On y est allés en formation de recherche standard, et il n’a pas fallu longtemps pour qu’un de nos vétérans comprenne qu’il s’était éloigné du chemin. Nous nous sommes regroupés et avons suivi sa trace, en nous déployant de manière à couvrir le plus de surface possible. Tout d’un coup, un appel sur la radio nous demande de rejoindre la location du vétéran, et nous y allons sur-le-champ, parce que ça signifie généralement que la personne disparue est blessée, et qu’il faut une équipe entière pour l’extraire en sécurité. Nous nous retrouvons, et le vétéran se tient sous un arbre, avec les mains sur ses tempes. Je demande à mon pote ce qui se passe, et il se contente de m’indiquer les branches de l’arbre. Je ne pouvais presque pas en croire mes yeux : il y avait une canne qui se balançait depuis une branche, à dix mètres du sol. La petite sangle sur la poignée avait été enroulée autour de la branche, et ça pendait simplement là. Le type n’aurait jamais pu la lancer si haut, et il n’y avait pas d’autres signes pour indiquer sa présence dans les environs. On a regardé dans l’arbre, mais bien sûr il n’y avait personne. Personne ne comprenait quoi que ce soit. On a continué à le chercher, mais sans jamais le trouver. On a même essayé avec les chiens, mais ils ont perdu sa trace bien avant l’arbre. Finalement, les recherches ont été abandonnées, parce que nous avions d’autres obligations, et au bout d’un moment on ne pouvait plus faire grand-chose. La femme du type nous a appelés chaque jour pendant des mois, pour savoir si on l’avait retrouvé, et ça nous brisait le cœur de l’entendre perdre progressivement espoir. Je ne sais pas trop pourquoi cette affaire en particulier était tellement énervante, c’était sans doute à cause de son caractère si improbable. Ça, et toutes les questions qu’elle soulevait. Comment diable ce type avait-il fini là-haut ? Est-ce que quelqu’un l’avait tué et avait mis sa canne là comme une sorte de trophée farfelu ? Nous avons fait de notre mieux pour le retrouver, mais c’était presque comme si on nous narguait. On reparle encore de cette affaire entre nous de temps en temps.



• Les disparitions d’enfants sont les plus déchirantes. Peu importe les circonstances, ce n’est jamais facile, et on a toujours, toujours peur de ceux qu’on trouve morts. Ce n’est pas commun, mais ça arrive. David Paulides parle beaucoup des enfants que les équipes SAR trouvent à des endroits où ils ne devraient pas être, ou ne pourraient pas être. Honnêtement, j’ai plus entendu ce genre d’histoires que je n’en ai vécu, mais je vais vous en partager une dont j’ai été témoin et qui fait partie de celles auxquelles je repense souvent. Une mère était de sortie avec ses trois enfants pour piqueniquer dans une partie du parc où se trouve un petit lac. Les enfants ont cinq, six et trois ans. Elle les surveille tous de très près, et d’après elle, elle ne les perd jamais de vue. Elle n’a aussi vu aucune autre personne dans la zone, ce qui a son importance. Elle range ses affaires, et ils se mettent en route pour retourner au parking. Alors, ce lac n’est même pas à un kilomètre dans les bois, au bout d’un chemin trèsclairement délimité. C’est presque impossible de se perdre en y allant depuis le parking, à moins de s’éloigner volontairement du chemin comme un idiot. Ses enfants marchent devant elle au moment où elle entend ce qui ressemble à quelqu’un s’approchant derrière elle sur le chemin. Elle se retourne, et pendant les quatre ou cinq secondes où elle le quitte des yeux, son enfant de cinq ans disparait. Elle pense qu’il s’était un peu écarté du sentier pour pisser ou un truc du genre, et elle demande aux deux autres où est-ce qu’il était allé. Les deux lui ont répondu qu’un « grand homme avec un visage effrayant » était sorti du bois à côté d’eux, qu’il avait pris la main de l’enfant, et qu’il l’avait emmené dans les bois. Les deux gosses restant ne paraissaient pas dérangés, en fait elle rapporte plus tard qu’ils avaient l’air d’avoir été drogués. Ils avaient l’air de planer. Du coup bien sûr, elle panique, et commence à désespérément chercher son gosse dans les alentours. Elle crie son nom, et affirme qu’à un moment elle pense qu’elle l’a entendu lui répondre. Mais évidemment elle ne peut pas foncer tête baissée dans la forêt, elle a les deux autres enfants avec elle, donc elle appelle la police et ils nous y envoie sur-le-champ. Nous commençons les recherches, mais en dépit des kilomètres couverts, nous n’avons pas trouvé la moindre trace de l’enfant. Les chiens ne parviennent pas à sentir quoi que ce soit, nous ne trouvons aucun vêtement, ni aucun buisson abîmé, en fait absolument rien qui aurait pu indiquer la présence d’un enfant. Bien sûr on a soupçonné la mère pendant un moment, mais c’est assez clair qu’elle est complètement dévastée par ce qui s’est passé. On a cherché l’enfant pendant des semaines, avec beaucoup de volontaires qui nous aidaient. Mais les recherches finissent par s’essouffler, et on doit passer à autre chose. Les volontaires continuent malgré tout de chercher, et un jour on reçoit un appel sur la radio nous informant qu’un corps a été trouvé et qu’il nécessite une extraction. Nous sommes tous restés incrédules lorsqu’ils nous ont donné les coordonnées. On a pensé qu’il devait s’agir d’un autre enfant. Mais nous nous rendons sur les lieux, environ à un vingtaine de kilomètres de l’endroit où le gosse avait disparu, et force est de constater qu’il s’agit bien du corps de l’enfant que nous avions cherché. Depuis lors je n’ai pas arrêté de me demander comment ce gamin avait pu se retrouver là, sans trouver la réponse. Un volontaire se trouvait simplement dans le coin, parce qu’il se disait qu’il ferait aussi bien de regarder dans les endroits auxquels personne d’autre ne penserait pour avoir une chance de trouver le corps. Il arrive au pied d’un versant rocheux, et à mi-chemin du sommet, il aperçoit quelque chose. Il y regarde de plus près à l’aide de ses jumelles, et sans doute possible, il s’agit du corps d’un petit garçon, fourré dans une petite aspérité rocheuse. Il reconnait la couleur de la chemise de l’enfant, donc il sait immédiatement qu’il s’agit du garçon disparu. Du coup il nous appelle, et nous sommes déployés. Ça nous a pris presque une heure pour redescendre le corps, et aucun d’entre nous n’a pu en croire ses yeux. En plus d’être à plus de vingt kilomètres de son point de disparition, il était parfaitement impossible que l’enfant ait atterri là tout seul. L’ascension est périlleuse, et même pour nous, avec notre équipement, ça n’a pas été facile. Un garçon de cinq ans n’avait aucun moyen d’arriver là-haut, j’en suis certain. Et ce n’est pas tout, le gosse n’a pas une égratignure. Il n’a pas de chaussures, mais ses pieds ne sont ni sales ni abîmés. Donc il n’avait pas été trainé par un animal. Et apparemment, il n'était pas mort depuis bien longtemps. À ce moment, ça faisait un mois qu’il était dans la nature, et il semblait qu’il n’était mort que depuis un jour ou deux. Toute l’histoire était incroyablement étrange, et une des plus déroutantes parmi celles sur lesquelles j’ai travaillé. On a trouvé plus tard que la cause de la mort était l’hypothermie. Il était mort de froid, probablement tard dans la nuit deux jours avant qu’on ne le trouve. Il n’y avait ni suspects, ni réponses. À ce jour, c’est une des choses les plus étranges que j’ai jamais vues.




• Un de mes premiers boulots en tant qu’apprentie a été de participer à une battue pour retrouver un enfant de quatre ans qui avait été séparé de sa mère. C’était une de ces affaires où on savait qu’on allait le retrouver, parce que les chiens avaient flairé sa piste, et il y avait des indices évidents qu’il était dans le coin. On a fini par le trouver au milieu de buissons à baies, à quelques centaines de mètres de l’endroit où il avait été vu pour la dernière fois. Il ne s’était même pas rendu compte qu’il s’était aventuré aussi loin. Un des vétérans l’a ramené, ce qui m’arrangeait parce que je ne suis vraiment pas douée avec les enfants, j’ai du mal à leur parler et à leur tenir compagnie. Sur le chemin du retour, mon instructeur décide de m’emmener faire un détour pour me montrer un des endroits où on trouve le plus souvent les personnes disparues. C’est une petite descente naturelle près d’un chemin très fréquenté, et les gens descendent généralement parce que c’est plus facile. Il nous faut environ une heure pour nous rendre sur place, à quelques kilomètres. Alors qu’on se balade dans l’endroit et qu’elle me montre où elle a déjà trouvé des personnes disparues par le passé, je remarque quelque chose au loin. Alors, l’endroit où nous sommes se trouve à environ une quinzaine de kilomètres de la principale zone de parking, bien qu’il y ait des routes qu’on peut emprunter si l’on ne veut pas marcher aussi loin. Mais nous sommes sur un territoire protégé par l’Etat, ce qui signifie qu’il ne peut en aucun cas y avoir la moindre activité commerciale ou résidentielle. Au mieux vous y verrez une tour de guet, ou un abri de fortune que les sans-abris pensent pouvoir construire dans notre dos. Mais je peux voir d’ici que cette chose, peu importe ce que c’est, possède des bords droits, et s’il y a bien une chose qu’on apprend vite, c’est que la nature ne produit que rarement des lignes droites. Je le remarque à voix haute, mais elle ne dit rien. Elle se contente de me permettre d’aller voir, en m’emboitant le pas. Je m’en approche, et tous les cheveux de ma nuque se hérissent. C’est un escalier. C’est juste un banal escalier, avec une moquette beige, et à peu près dix marches de haut. Mais au lieu d’être dans une maison, où à l’évidence il devrait être, il est dehors au beau milieu des bois. Ses flancs ne sont pas couverts de moquette bien sûr, et je peux voir de quoi il est fait. C’est presque comme un glitch de jeu vidéo, où la maison n’aurait pas réussi à se charger entièrement, et les escaliers seraient la seule chose visible. Je me tiens là, avec l’impression que mon cerveau surchauffe en essayant de trouver une explication logique à ce que j’ai sous les yeux. Mon instructeur me rejoint, et elle reste là, tranquille, observant l’escalier comme si c’était la chose la moins intéressante au monde. Je lui ai demandé ce que ça faisait là, et elle m’a ri au nez. « Il va falloir t’y habituer la bleue. Tu vas en voir un paquet. » Je commence à m’en rapprocher, mais elle m’attrape le bras. Rudement. « Je n’en ferais rien. » dit-elle. Sa voix est décontractée, mais sa poigne est ferme, et je suis simplement plantée là à la regarder. « Tu vas en voir tout le temps, mais ne t’en approche pas. Ne les touche pas, ne les monte pas. Contente-toi de les ignorer. » Je commence à lui poser des questions sur le sujet, mais quelque chose dans son regard me dissuade de poursuivre. On finit par partir, et on n’en a plus reparlé durant mon apprentissage. Elle avait pourtant raison. Je dirais que sur environ 50 appels reçus, je finis par croiser un escalier. Ils sont parfois assez proches du sentier, peut-être à trois ou quatre kilomètres, et parfois ils sont à trente ou quarante, véritablement au milieu de nulle part, et je ne les trouve que durant les plus larges recherches, ou pendant les week-ends consacrés à l’entrainement. Ils sont généralement en bon état, mais parfois ils ont l’air d’être millénaires. Tous de styles et de tailles différents. Le plus imposant que j’ai jamais vu avait l’air d’être tout droit sorti d’un manoir du siècle dernier, et faisait trois mètres de large, avec des marches qui montaient jusqu’à quatre mètres de haut. J’ai essayé d’en parler avec des gens, mais ils se contentent de me donner la même réponse que mon instructeur. « C’est normal. Ne t’en inquiète pas, ce n’est rien de grave, mais ne t’en approche pas, et ne les monte pas. » Quand des apprentis me posent des questions dessus à présent, je leur donne la même réponse. Je ne sais pas vraiment quoi leur dire d'autre. J’espère juste qu’un jour j’obtiendrai une meilleure réponse, mais ce jour n’est pas encore arrivé.




• Celle-ci est plus triste que flippante. Un jeune avait disparu à la fin de l’hiver, l’époque où personne ne devrait s’aventurer très loin sur les chemins. On en ferme beaucoup, mais certains demeurent ouverts toute l’année, à moins qu’il n’y ait trois tonnes de neige. On a organisé une opération de sauvetage, mais il y avait plus d’un mètre de neige au sol (il y en avait eu particulièrement beaucoup cette année-là), et on savait qu’on avait peu de chances de le retrouver avant le printemps, avec le dégel. Et bien sûr, à la venue du premier dégel important, un randonneur nous a signalé un corps, un peu à l’écart du chemin principal. On l’a trouvé au pied d’un arbre, dans une flaque de neige fondue. J’ai tout de suite su ce qui s’était passé, et ça me terrorisait. Si vous faites du ski ou du snow, ou que vous êtes habitué à la montagne, vous avez sans doute également deviné. Lorsque la neige tombe, elle ne s’amasse pas avec autant de densité sous les branches des arbres, en particulier sous les sapins avec leur forme de parasol serré. Du coup ça donne un espace autour du tronc de l’arbre rempli d’un mélange de neige poudreuse, d’air, et de branches. On les appelle des « tree wells », et on ne les remarque pas forcément si on ne sait pas qu’ils sont là. On met des panneaux au centre d’accueil, des gros, pour prévenir les gens de leur dangerosité, mais à chaque fois qu’on a beaucoup de neige, il y a au moins une personne qui ne les lit pas, ou qui ne prend pas l’avertissement au sérieux, et on s’en rend compte au printemps. Le plus probable à mon avis est que ce jeune homme faisait de la randonnée et était fatigué, ou avait eu une crampe à force de marcher dans la neige profonde. Il est allé s’asseoir au pied de l’arbre, ignorant qu’il y avait un « tree well », et il est tombé dedans. Il est resté coincé la tête à l’envers, et la neige s’est effondrée autour de lui. Il a suffoqué, ne pouvant pas se libérer. Cela s’appelle une SIS (Snow Immersion Suffocation, Suffocation par immersion sous la neige, ndt), et ça n’arrive que dans des neiges vraiment profondes. Mais si vous vous retrouvez coincés dans une position bizarre, comme ce gars, même deux mètres de neige peuvent être mortels. Ce qui m’effraie le plus est d’imaginer comment il a dû se débattre. A l’envers, dans le froid mordant, il n’est pas mort rapidement. La neige a dû former un tas lourd et dense au-dessus de lui, et ça aurait été littéralement impossible de s’en sortir. C’est quand il a commencé à avoir du mal à respirer qu’il a dû comprendre ce qui se passait. Je n’ose pas imaginer à quoi il pensait dans ses derniers instants.




• Beaucoup parmi mes amis plus urbanisés me demandent si j’ai déjà vu le Goatman en travaillant dehors. Malheureusement, ou heureusement je suppose, il ne m’est jamais rien arrivé de tel. J’imagine que ce qui s’en rapproche le plus était toute cette histoire d’ « homme aux yeux noirs », mais je n’ai rien vu. En revanche, il y a eu un appel où j’ai vécu quelque chose d’un peu similaire, mais je ne suis pas certaine de vouloir le relier au Goatman. On nous avait signalé qu’une vieille femme s’était évanouie sur un des chemins, et avait besoin d’aide pour redescendre à la zone principale. Nous nous rendons à sa position, et nous trouvons son mari complètement paniqué. Il court, ou plutôt trottine vers nous, et nous explique qu’il était un peu à l’écart du sentier en train de regarder quelque chose, quand sa femme s’est mise à crier derrière lui. Il court la rejoindre, et la trouve évanouie par terre. On la met sur un brancard, et alors qu’on la redescend au centre d’accueil, elle revient à elle et se remet à crier. Je la calme, et lui demande ce qui s’est passé. Je ne me souviens pas de ce qu’elle a dit au mot près, mais en gros, il s’est passé la chose suivante : elle attendait son mari quand elle a commencé à entendre un son très étrange. Ça ressemblait à celui d’un chat, d’après elle, mais ça paraissait lointain, et elle ne comprenait pas trop pourquoi. Elle s’est un peu avancée pour mieux l’entendre, et ça avait l’air de se rapprocher. Et plus il se rapprochait, plus elle était mal à l’aise, jusqu’à ce qu’elle se rende compte de ce qui n’allait pas. Je me souviens bien de ce qui suit, parce que c’est tellement bizarre que je ne pense pas pouvoir l’oublier même si j’essayais. « Ce n’était pas un chat. C’était un homme, qui n’arrêtait pas de répéter « miaou ». Juste « miaou, miaou, miaou ». Mais ce n’était pas un homme, ça n’aurait pas pu en être un, parce que je n’ai jamais entendu un homme faire vibrer sa voix comme ça. J’ai cru que mon appareil auditif fonctionnait mal, mais ce n’était pas le cas, je l’ai ajusté, et le bruit était toujours bourdonnant. C’était horrible. Il se rapprochait, mais je ne pouvais pas le voir. Et plus il se rapprochait, plus j’étais effrayée, et la dernière chose dont je me souviens est une forme qui sortait des arbres. Je suppose que c’est là que je me suis évanouie. » Bon, évidemment je suis un peu perplexe quand aux raisons qui pousseraient quelqu’un à aller psalmodier dans les bois « miaou, miaou » aux gens. Donc une fois redescendu de la montagne, je demande à mon supérieur la permission d’aller fouiller la zone pour voir si je trouve quelque chose. Il me l’accorde, j’attrape une radio et je retourne là où elle s’est évanouie. Je ne vois personne, donc je poursuis sur plus d’un kilomètre, et quand je reviens je m’écarte du sentier pour essayer de trouver d’où elle l’a vu sortir. C’était presque le crépuscule à ce moment, et je n’ai aucune envie d’être seule dehors la nuit, donc je décide d’arrêter en me promettant de revenir inspecter les lieux le lendemain. Mais alors que je rentre, je commence à entendre quelque chose au loin. Je m’arrête, et je demande à quiconque qui se trouve là de s’identifier. Le bruit ne s’est pas amplifié, ni ne s’est rapproché, mais ça ressemblait tout à fait à un homme qui disait « miaou, miaou », d’un ton étrangement monotone. Aussi comique que ça puisse être, on aurait presque dit ce type de South Park avec l’electrolarynx, Ned. Je m’éloigne du chemin dans la direction d’où ça semble provenir, mais ça ne semble pas se rapprocher. C’est presque comme si ça venait de toutes les directions. Finalement, ça disparait progressivement, et j’ai fini par retourner vers le centre d’accueil. Je n’ai pas reçu d’autre signalement de ce genre, et bien que je sois retournée dans la zone, je n’ai jamais entendu ce bruit précis à nouveau. J’imagine que ça aurait pu être un petit con qui embêtait les gens, mais je dois bien admettre que c’était bizarre.



Bon, c’est un peu devenu un gros pavé, et je vous prie de m’en excuser. Je voulais en venir aux histoires que mon ami m’a racontées, et il en a de bonnes, donc je les posterai demain soir. J’en ai également quelques-unes de mon cru que vous pourriez aimer. Je suis désolée de vous tenir en haleine à nouveau, j’espère que vous me pardonnerez avec ces histoires, et qu’elles vous aideront à patienter pendant les prochaines 24 heures, jusqu’à ce que je puisse poster à nouveau !


EDIT : Puisqu’il semble que vous souhaiteriez tous en entendre davantage, demain j’écrirais autant d’histoires que je peux et je ferai un énorme post. J’inclurai les histoires de mon ami, et je vais voir si je peux mettre la main sur des gens qui pourraient avoir des choses croustillantes à raconter. Je n’étais juste pas certaine de comment vous réagiriez face à un gros pavé, mais puisque ça ne vous pose pas de problème, je posterai plein d’histoires.

Search And Rescue

Je ne voyais pas où d’autre poster ces histoires, donc je me suis dit que j’allais les partager ici. Ça fait quelques années maintenant que je suis un agent en recherche et sauvetage (SAR, search and rescue, ndlr), et au cours de ma carrière j’ai vu certaines choses qui pourraient vous intéresser.


· J’arrive assez bien à retrouver les personnes disparues. La plupart du temps elles s’aventurent juste en dehors du sentier, ou tombent d’une petite corniche, et elles ne parviennent pas à retrouver leur chemin. La majorité d’entre elles connaît le vieux principe de « restez où vous êtes », et elles ne partent pas loin. Mais j’ai eu deux exemples où ça n’a pas été le cas. Les deux me dérangent beaucoup, et je m’en sers pour me motiver à travailler encore plus dur sur les affaires de disparitions où on m’appelle. Le premier cas était celui d’un petit garçon parti cueillir des baies avec ses parents. Lui et sa sœur étaient ensemble, et ils ont tous deux disparus au même moment. Leurs parents les ont perdus de vue pendant quelques secondes, et apparemment c’était assez pour que les enfants s’éloignent. Comme leurs parents ne parvenaient pas à les trouver, ils nous ont appelés, et nous sommes venus fouiller la zone. On a trouvé la fille assez rapidement, et lorsqu’on lui a demandé où était on frère, elle nous a dit qu’il avait été emporté par « l’homme ours ». Elle a dit qu’il lui avait donné des baies, et qu’il lui avait dit de rester silencieuse, qu’il voulait jouer avec son frère pendant un moment. La dernière fois qu’elle avait vu son frère, il était sur les épaules de « l’homme ours », et il avait l’air calme. Bien sûr, on a d’abord pensé à un enlèvement, mais on n’a jamais trouvé la trace d’un autre être humain dans cette zone. La petite fille insistait aussi sur le fait qu’il n’était pas comme les autres hommes, qu’il était grand et couvert de poils, « comme un ours », et qu’il avait un « visage étrange ». On a cherché les environs pendant des semaines, c’était une des plus longues affaires sur lesquelles j’ai travaillé de ma vie, mais on n’a jamais trouvé la moindre trace de ce gosse. L’autre était une jeune femme qui faisait de la randonnée avec sa mère et son grand-père. D’après la mère, sa fille avait grimpé à un arbre pour avoir une meilleure vue de la forêt, et elle n’en était jamais redescendue. Ils ont attendu en bas de l’arbre pendant des heures, en l’appelant, avant de demander de l’aide. Une fois encore, on a cherché partout, et on n’a jamais trouvé la moindre trace d’elle. Je n’ai aucune idée d’où elle a bien pu aller, parce que ni sa mère ni son grand-père ne l’ont vu redescendre.


· Il m’est arrivé quelques fois de chercher des gens, seule avec un chien, et que ce dernier m’ait conduit directement à une falaise. Pas des collines, ni même des parois rocheuses, des falaises à pic, sans aucune prise. C’est toujours déconcertant, et dans ces cas on peut très bien trouver la personne de l’autre côté de la falaise, comme à des kilomètres de l’endroit où le chien nous a menés. Je suis certaine qu’il y a une explication, mais c’est quand même un peu bizarre.


· Une affaire particulièrement triste impliquait de récupérer un corps. Une fillette de neuf ans était tombée dans un talus, et s’était empalée sur un arbre mort. C’était un accident insolite, mais je n’oublierais jamais le son qu’a émis la mère lorsqu’on lui a annoncé ce qui s’était passé. Elle a vu le sac mortuaire être chargé dans l’ambulance, et elle laissa échapper le hurlement le plus déchirant, le plus marquant que j’ai jamais entendu. C’était comme si sa vie entière s’effondrait autour d’elle, et qu’une part d’elle-même était morte avec sa fille. J’ai appris d’un autre agent SAR qu’elle avait mis fin à ses jours quelques semaines après l’évènement. Elle ne pouvait pas vivre avec la perte de sa fille.


· Je faisais équipe avec un autre agent SAR parce qu’on avait reçu des rapports indiquant la présence d’ours dans la région. On était à la recherche d’un type qui était parti faire de l’escalade et qui n’était pas revenu à l’heure prévue. On s’est retrouvés à devoir nous-mêmes sérieusement escalader pour atteindre sa position présupposée. On l’a trouvé piégé dans une petite crevasse avec une jambe cassée. Ce n’était pas beau à voir. Il était resté là pendant presque deux jours, et sa jambe était très manifestement infectée. On a été capable de le mettre dans un hélicoptère, et l’un des médecins m’a dit qu’il était totalement inconsolable. Il n’arrêtait pas de raconter comment il se débrouillait bien, et qu’une fois arrivé au sommet, un homme était là. Il disait que le gars n’avait pas d’équipement d’escalade, qu’il portait une parka et un pantalon de ski. Il s’est approché de l’homme, et quand ce dernier s’est retourné, notre blessé affirmait qu’il n’avait pas de visage. Il n’y avait juste pas de traits. Il a paniqué, et a voulu descendre de la montagne trop vite, c’est pourquoi il est tombé. Il disait qu’il pouvait entendre l’homme toute la nuit, descendant de la montagne et poussant ces horribles cris étouffés. Cette histoire m’a vraiment dérangé. J’étais contente de ne pas avoir été présente pour entendre ces cris.


· Une des choses les plus effrayantes qui me soit arrivée s’est produite lors de la recherche d’une jeune femme qui avait été séparée de son groupe de randonnée. On est resté dehors jusqu’à tard le soir, parce que les chiens avaient senti son odeur. Lorsqu’on l’a trouvée, elle était roulée en boule sous une grosse bûche pourrie. Il lui manquait ses chaussures et son sac, et elle était manifestement en état de choc. Elle n’était pas blessée, et on a pu la ramener à pied à la base des opérations. Le long du chemin, elle n’a pas arrêté de jeter des regards en arrière, et de nous demander pourquoi « ce grand homme avec les yeux noirs » nous suivait. On ne voyait personne, alors on a juste supposé que c’était une sorte de symptôme bizarre lié au choc. Mais plus on se rapprochait de la base, plus elle devenait agitée. Elle ne cessait pas de me demander de lui dire d’arrêter de lui « faire des grimaces ». A un moment elle s’est arrêtée et s’est retournée pour crier dans la forêt, disant qu’elle voulait qu’il la laisse tranquille. Elle n’allait pas le suivre, poursuivait-elle, et elle n’allait pas nous donner à lui. On est finalement parvenus à la remettre en marche, mais on a commencé à entendre tous ces sons étranges qui provenaient de partout autour de nous. C’était presque comme des bruits de toux, mais plus rythmé, et plus grave. C’était presque comme des insectes, je ne vois pas vraiment comment le décrire autrement. Une fois en vue de la base, la femme s’est tournée vers moi, et ses yeux étaient aussi écarquillés qu’il me semblait être humainement possible. Elle me touche l’épaule, et dit « Il dit de vous dire de vous dépêcher. Il n’aime pas regarder la cicatrice sur votre nuque. » J’ai une très petite cicatrice à la base de ma nuque, mais c’est en grande partie caché par mon col, et je n’ai aucune idée de comment cette femme a pu la voir. Juste après qu’elle l’ait dit, j’ai entendu cette étrange toux juste à côté de mon oreille, et j’ai failli sursauter. Je l’ai poussée vers la base, en essayant de cacher à quel point j’avais les jetons, mais je dois bien avouer que j’étais soulagée de quitter la zone cette nuit.


· C’est la dernière que je vais raconter, et c’est probablement la plus bizarre que j’ai à offrir. Alors, j’ignore si c’est vrai dans toutes les unités de recherche et sauvetage, mais dans la mienne, c’est une sorte de chose taboue que l’on rencontre assez communément. Vous pouvez essayer d’en parler avec d’autres agents SAR, mais même s’ils savent de quoi vous parlez, ils n’en diront probablement rien. Nos supérieurs nous ont ordonné de ne pas en parler, et maintenant on s’y est tellement habitué que ça ne parait même plus bizarre. Dans à peu près toutes les affaires où on est appelé au plus profond de la forêt, j’entends par là 30 ou 40 miles, à un moment ou un autre on trouve des escaliers au milieu des bois. C’est presque comme si vous preniez les escaliers de votre maison, que vous les découpiez, et que vous les mettiez dans la forêt. J’ai demandé de quoi il s’agissait la première fois que j’en ai vu, et l’autre agent m’a juste dit de ne pas m’en inquiéter, que c’était normal. Tous ceux à qui j’ai posé la question avaient la même réponse. Je voulais aller les inspecter, mais on m’a dit, avec beaucoup de conviction, que je ferais mieux de ne jamais m’en approcher. Maintenant je me contente de les ignorer quand j’en rencontre, parce que ça arrive si souvent.

J’ai beaucoup d’autres histoires, et si jamais ça vous intéresse, j’en raconterais quelques-unes demain. Si quelqu’un a des théories concernant les escaliers, ou si vous en avez vu également, dites-le-moi.

In foetu



Je suis chirurgien. Jusqu'à présent, j'ai eu affaire à un bon paquet d'étranges cas médicaux, mais l'un d'eux continuera de me hanter probablement jusqu'à ma mort.


En automne 1987, une anomalie médicale extrêmement rare a touché un pauvre enfant de 7 ans du nom de William. Je travaillais en tant que chirurgien en chef dans la petite ville de Montrose dans le Colorado. William était allé chez son pédiatre pour se plaindre de fortes douleurs venant de son ventre. Il disait aux docteurs qu'il avait un « homme » qui vivait en lui et qui refusait de le laisser tranquille jour et nuit. Il disait qu'il lui faisait mal à divers endroits, comme s'il tirait sur les ficelles d'une marionnette. On pouvait le voir souffrir et pleurer dans le bureau du médecin, suppliant qu'on le soulage de ses douleurs atroces. Sa mère était extrêmement inquiète. Le docteur a donc procédé à un examen complet mais n'a rien trouvé d'anormal. Il a simplement dit à la mère de le ramener à la maison, et lui a prescrit de puissants antidouleurs.


Quelques semaines se sont écoulées, tandis que la douleur du garçon empirait. Le docteur ne savait plus quoi penser. Il ne trouvait toujours rien d'anormal, prescrivant des antidouleurs de plus en plus forts. Un jour, la mère est arrivée dans un état de grande panique. Elle est entrée en criant que son fils mourrait, et qu'il saignait abondamment. William avait du sang qui dégoulinait de sa bouche, et il se traînait à quatre pattes, suppliant les médecins de le tuer. Horrifiés, ils l'ont envoyé à l'hôpital.


C'est donc à ce moment qu'il est parvenu à notre équipe médicale. Les docteurs ont déterminé qu'il avait une grosse tumeur au torse, après que les rayons X aient révélé une étrange formation dans sa cavité viscérale.


Il fallait opérer de toute urgence.


Moi et mon équipe avons rapidement enfilé nos masques et nos blouses avant de le conduire au travers des couloirs de l'hôpital. Nous avons accéléré lorsque le garçon s'est mis à hurler.


Nous lui avons mis un masque anesthésiant alors qu'il se tortillait et demandait à la mort de le prendre. Sa tête se balançait d'avant en arrière avec violence, comme s'il ne le contrôlait pas. Elle se balançait si fort qu'il a fallu deux docteurs pour la maintenir. Il a commencé à se calmer, jusqu'à ce que finalement ses yeux se ferment, alors que l'anesthésie faisait effet. Nous l'avons conduit en salle d'opération et lui avons arraché son t-shirt Spider-man. J'ai pris mon scalpel et j'ai ouvert son torse. La fine peau s'est ouverte et le sang a rapidement coulé, révélant des veines et du mucus. J'ai entendu un gargouillement venant de l'intérieur du gouffre sombre que j'avais créé. Nous avons placé des pinces à l'emplacement de l'incision et juste au moment où nous allions tirer, nous l'avons vu.


Venant de juste en dessous de ses abdominaux cramoisis, un bras a jailli. La chair s'est étirée jusqu'à se déchirer. Ça a projeté des morceaux sur nos visages ainsi que sur nos vêtements. Nous étions tous stupéfaits, pétrifiés par le choc. Le bras était petit et frêle, rouge, et visqueux tant il y avait de sang. Il reposait sur ses entrailles tailladées. Je me tenais là, bouche bée. Mon souffle restait coincé entre ma gorge et mes poumons. J'ai pris mon scalpel en tremblant puis j'ai ouvert la blessure plus profondément. J'ai jeté un œil à l'intérieur de la masse rose et rouge où j'ai vu un corps recroquevillé, et j'ai su que c'était un nourrisson. J'ai placé mes mains sur sa peau douce et écarlate pour tenter de le prendre. Il gigotait dans mes mains, et me fixait des yeux. Je l'ai pris, le tenant au-dessus du corps du pauvre garçon. L'enfant était intégralement recouvert de sang. Il avait des yeux étranges, auxquels il manquait la pupille et ses lèvres étaient étroitement serrées. Il était recroquevillé sur lui-même. Il ne ressemblait pas à un enfant, mais plutôt à un alien. Le plus surprenant était qu'il n'avait pas de cordon ombilical.


En voyant l'enfant gigoter, les médecins ont reculé avec horreur. Je bégayais, incapable d'articuler une phrase sensée. Je jure que je ne mens pas sur ce qui est arrivé par la suite. Le nourrisson me regardait et il a ouvert la bouche. Une grosse quantité de sang en a coulé. Il a commencé à pousser de petits cris stridents. C'était... Extrêmement désagréable à entendre.


Mes yeux étaient grands ouverts, et j'étais pétrifié. Les autres médecins se sont enfuis de la pièce en se bousculant.


L'enfant était dans mes mains criant toujours plus fort. Il s'arrêtait parfois quelques secondes pour cracher du sang dont il ravalait la moitié à chaque fois. Je l'ai finalement lâché, le laissant tomber sur le sol. Ça a provoqué un bruit sourd sur le carrelage avec un répugnant « crack ! » J'ai cru qu'il était mort, car il est resté immobile un moment. Puis finalement, il s'est mis à pleurer. À pleurer comme n'importe quel nourrisson, et pas comme un monstre. Je n'ai pas pu m'empêcher de m'approcher et de me pencher sur lui pour voir dans quel état il était.


Avec une rapidité effrayante, il m'a griffé au visage. Sans trop réfléchir, je me suis levée et je lui ai donné plusieurs coups de pied, espérant en finir avec cette abomination. Quand j'ai été sûr qu'il ne respirait plus, je me suis laissé tomber au sol et je n'ai pas bougé pendant plusieurs longues minutes.


La police est intervenue et m'a trouvé seul avec le cadavre du monstre. J'étais immobile, sous le choc. Pour ce qui est de William, son électrocardiogramme affichait une ligne plate, il a été déclaré mort d'une hémorragie. Un policier m'a aidé à me lever pour me faire sortir


Des recherches ont été menées et il a été établi que l'enfant était victime d'un rare cas appelé Foetus in foetu. Cela apparaît quand, durant la grossesse, des jumeaux sont procréés et l'un d'eux se fait enveloppé par l'autre, devenant un parasite. Quoi qu'il en soit, ce n'était pas un humain. Nous n'avons jamais pu en savoir plus sur lui car quand les policiers, moi et d'autres médecins sommes retournés dans le bloc une vingtaine de minutes plus tard, le corps de la chose avait disparu.

Necrosleep


My Disconnected Life 

Auteur: Reed Murdock
16/10/2014

Salut les gars, aujourd'hui j'ai décidé d'ouvrir ce blog pour vous parler de ma nouvelle vie. La plupart de ceux qui me liront sont probablement des amis et des connaissances, mais pour tous les autres, je vais en dire un peu plus sur moi. Je m'appelle Reed, je viens de déménager de chez mes parents (Dieu merci) et aujourd'hui je vis ma vie sans que personne ne puisse plus m'embêter. Techniquement, c'est moi qui ai débarrassé le plancher, mais ils avaient clairement prévu de me chasser. Personne ne veut d'un addict au crack dans mon genre, même pas mes propres géniteurs. Enfin, pas que ça ait de l'importance.

Peu importe, je suis ma propre route maintenant. J'ai dû laisser tomber une bonne partie de mon confort - si on peut appeler confort la cuisine de ma mère. Je préfère largement vivre de nouilles instantanées, de toutes façons. Les jours où je suis d'humeur fantaisiste, je prends du maïs grillé.

En parlant de ça, je dois vous avouer que mon appartement est tout sauf fantaisiste. En fait, j'ai pris le moins cher que j'ai pu trouver. Le dicton "tu as ce que tu payes" me paraît particulièrement vrai quand j'essaie de dormir au son de ce que je suppose être une vieille qui se fait agresser dans la ruelle d'à côté. Mon petit sanctuaire se compose d'une pièce à vivre, d'une kitchenette, d'une salle de bains et d'un WC. Les murs ne sont pas plus épais que du carton et le tapis est taché de Dieu sait quoi, mais tout ça me suffit.

Une chatte du nom de Brindille vit avec moi. Elle est de cette race étrange dépourvue de poils, et c'est du coup un sujet de conversation régulier. On me demande souvent pourquoi le chat a la peau retournée, ou si c'est la victime d'une tentative de taxidermie ratée.

Aussi pourrie que ma vie puisse paraître, vivre de rien a ses avantages. Mon coût de vie est voisin de zéro, de sorte que je peux me contenter de petits boulots sur internet sans même quitter ma maison. Je passe la moitié du mois à pondre des avis bidon sur des produits que je n'ai pas consommés et à remplir des sondages sur des sujets politiques auxquels je ne comprends rien, et l'autre moitié à surfer sur le net et à regarder des copies piratées d'épisodes des X-files. Je n'ai même pas à payer ma connexion, je profite du wi-fi des voisins. Je parie qu'ils dépassent de loin leur forfait. Oh, et puis, c'est pas mon problème.

Je mettrai ce blog à jour tous les un ou deux jours suivant ce que j'aurai à dire. Merci d'avoir lu mon pavé, heureusement ma vie va devenir un peu plus excitante dans les jours à venir.

-Reed



18/10/2014

J'ai décidé de faire quelque chose que je ne fais pas d'habitude. Il est 3 heures du matin et j'ai l'intention de rester debout toute la nuit, une réserve de boissons caféinées à mes côtés. Pourquoi je fais ça, vous me demanderez ? Car je cherche à passer naturellement à un mode de vie nocturne. En d'autres termes, je vais vivre la nuit et dormir le jour. Il y a plein de bonnes raisons de le faire :

1- Il y a moins de gens dehors la nuit, sortir de l'immeuble sera moins désagréable.

2- Les UV solaires peuvent vous filer le cancer, pas vrai ?

3- Briser les normes sociales.

4- La vitesse de ma connexion semble s'accélérer légèrement au-delà de minuit.

5- On est dans un pays libre, j'ai même pas à me justifier en fait.

Aussi, j'ai rejoint un forum plutôt cool, ça s'appelle Nocturnal Underground. Naturellement, il est fréquenté par plein de reclus et de misanthropes cyniques. C'est juste parfait pour moi. Je me suis inscrit tout de suite après l'avoir découvert et les membres du forum se sont révélés très accueillants. Ce n'est pas la plus connue des destinations de ce genre sur internet, plutôt un petit trou perdu au milieu d'une énorme culture souterraine.

Il me semble qu'on partage tous le même goût pour l'isolement social, ce qui est génial, parce qu'avant ça je pensais vraiment être le seul taré à être dans ce cas, à ne pas supporter de parler à des personnes normales. Après tout, c'est les mêmes "gens normaux" qui me disent que j'ai pas le droit de fumer telle ou telle substance, comme si ça les regardait.

Je vous en dirai un peu plus sur comment cette occupation nocturne fonctionne pour moi. Prochainement.

-Reed



21/10/2014

Je m'habitue très bien à mon nouveau mode de vie. Je crois que je peux même dire que c'est comme ça que j'aurais toujours dû vivre. Internet est un endroit bien plus intéressant durant la nuit.

Tout s'est passé plutôt normalement ces derniers temps, à une exception près.

La nuit dernière, j'ai reçu un message privé sur Nocturnal Underground. Voici le message copié-collé pour votre plus grand plaisir :

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De: Revelation616
À: Reedman07
Sujet: necrosleep.net

Mes félicitations, Reedman07. Vous avez obtenu une invitation pour un site privé qui va changer votre vie à jamais. Découvrez ce que la société vous cache sur necrosleep.net

Utilisez ce code d'accès personnel pour vous connecter : DCXVI

Découvrez ce que vous avez manqué toute votre vie durant.

necrosleep.net
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Ça ressemblait à une grosse arnaque, mais ça a piqué mon intérêt. Je n'ai pas pu résister à l'envie d'aller voir juste pour voir ce que ça pouvait être.

Je me suis donc rendu à l'adresse indiquée et je me suis retrouvé sur une page entièrement noire. J'ai remarqué le curseur clignotant au centre de la page, qui m'indiquait que je pouvais taper du texte ici. J'ai supposé que c'était là que je devais entrer mon mot de passe. Et je supposais bien.

En accédant à la page d'accueil, j'ai immédiatement remarqué que tout le texte était en russe, à l'exception de la bannière qui affichait un simple "necrosleep.net" en anglais. Mon navigateur m'a offert de traduire la page, j'ai cliqué sur oui.

Maintenant que j'y pense, ce site était clairement louche. Celui qui l'avait conçu n'avait pas l'air très versé dans le web design, on aurait plus dit un bloc-notes qu'un véritable site web. Le fond était noir, le texte écrit en police courier très commune, et sous le titre, il y avait plusieurs hyperliens rouges : Accueil, Boutique, Secret, Crédits. Voici un extrait de la page d'accueil :

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Bienvenue sur necrosleep.net

Ce site n'est accessible que sur invitation. Seuls les visiteurs sélectionnés ont accès à nos produits spéciaux qui changeront leur vie à jamais.

Necrosleep est un produit qui annule, sans conséquence négative, le besoin biologique de sommeil, cela grâce à notre formule secrète. Une pilule chaque jour et vous ne ressentirez plus jamais l'envie de dormir.

Essayez vous-même en cliquant sur le lien "Boutique" ci-dessus. Si Necrosleep ne change pas votre vie, nous vous rembourserons intégralement.

Votre étonnement est garanti.
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C'est plutôt osé, comme affirmation. Il n'y a aucune raison pour que ça marche réellement, sinon tout le monde en prendrait. Évidemment, j'étais sceptique, et je le suis toujours, mais j'ai continué à naviguer sur le site par simple curiosité. J'ai cliqué sur "Secret", ce qui m'a amené à une autre page. Voici le texte qui était affiché :

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Le Necrosleep est composé de produits rares que nous ne pouvons pas divulguer pour des raisons de secret industriel. Afin que notre produit demeure disponible, nous ne le distribuons que via des canaux alternatifs et depuis un fournisseur unique.

Le principe actif du Necrosleep est l'aboutissement de longues années de recherches de la part des scientifiques et des médecins pour remplacer le sommeil par l'état conscient. Nous sommes parvenus à nos fins là où tous les autres ont échoué, par la seule volonté de notre maître.

Nous pouvons vous affirmer de façon certaine que Necrosleep va changer votre vie, et que vous ne ressentirez plus jamais la fatigue.

Ouvrez-vous à notre secret.
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"Canaux alternatifs"? Marché noir, je suppose. Tout ça ne me paraissait pas très légal. Pas que je me soucie de la loi, juste que ça me mettait pas trop en confiance.

Peu importe, je me suis dit, j'ai continué en cliquant sur le lien "Crédits". J'ai eu un léger haut-le-cœur en découvrant la photo la plus dérangeante que j'avais jamais vue d'une personne vivante. C'était un vieux portrait en noir et blanc, représentant un grand homme en blouse blanche. S'il n'avait pas été debout, j'aurais bien dit qu'il était mort, mais je suppose qu'il était simplement gravement malade - et certainement aveugle, à voir ses yeux pâles et sans vie. Aucune trace d'émotion sur son visage.

Il y avait une ligne de texte en-dessous, que je vous retranscris :

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Le génial docteur Hail A. Stan, pionnier dans la mise au point du Necrosleep, serviteur de notre maître et fondateur de l'Institut Ukrainien de Médecine Occulte. Ses travaux se poursuivent encore aujourd'hui.
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"Serviteur de notre maître", "Médecine occulte"... J'ai peut-être regardé trop de films d'horreur, mais c'est pas ce que j'appellerais des techniques de vente typiques. Ils font peut-être partie d'un groupe religieux bizarre ? J'avoue que j'étais un peu mal à l'aise, mais bien moins que fasciné. J'ai cliqué sur le lien "boutique", encore une fois plus par curiosité qu'autre chose.

Il s'avère qu'une seule pilule a déjà un coût astronomique en monnaie russe, et j'ai calculé que ça équivalait à environ 130 dollars américains par comprimé. Ridicule ! Même si j'en avais eu les moyens, je m'en serais pas payé une seule. J'ai quitté le site immédiatement après.

Je me dis maintenant que ce n'était sans doute rien d'autre qu'une tentative maladroite de m'escroquer, ou que l'initiative venait d'une secte bizarre. D'un autre côté, ça aura rendu ma journée plus intéressante qu'à l'ordinaire.

-Reed


22/10/2014

J'ai ouvert un thread sur Nocturnal Underground au sujet du mystérieux utilisateur qui m'a envoyé le message privé. Je voulais en savoir plus au sujet de necrosleep.net, et découvrir qui était cet utilisateur était la première étape de mon enquête. Je vous copie-colle notre conversation :

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Reedman07 : Salut les gens, j'espère que je n'enfreins pas les règles en postant ça dans la section "troll et harcèlement", mais je voyais pas d'autre endroit où caser ça. Je me suis dit que cet incident pourrait être considéré comme du spam si d'autres utilisateurs avaient reçu la même pub que moi. En fait, l'autre jour, j'ai reçu un MP d'un utilisateur que je n'avais jamais vu avant, son pseudo est Revelation616, et le message était une publicité pour ce que je pense être un supplément. Quelqu'un l'a déjà vu avant sur le forum ? De mon côté je suis sûr que non. Si vous avez des infos là-dessus ce serait sympa !

Cosmic_Trashbin : Je ne reconnais pas le pseudo, il doit être nouveau ou inactif. Quel était le contenu du message ? On pourra toujours contacter un admin pour demander un ban.

Reedman07 : Voilà une capture d'écran du message. [Message.jpg]

Cosmic_Trashbin : Bizarre. Tu as visité le site ? J'espère que non, c'est sûrement bourré de virus là-bas. lol

B3457w4rf4r3 : Je viens d'essayer, c'est rien d'autre qu'un écran noir. Le code d'accès ne marche pas, quand je l'entre, j'ai une pop-up qui me dit que mon IP est invalide.

Reedman07 : Évidemment que j'y suis allé. J'ai pas pu résister.

Thuglyfe4lyfe : Ça marche pas non plus de mon côté. IP invalide.

Cosmic_Trashbin : Si ça marche seulement avec Reedman c'est que ça doit être lié à son IP, d'une manière ou d'une autre. Tu peux prendre quelques captures d'écran du site? ça m'intéresse.

Reedman07 : Et voilà. La page était en russe, je l'ai traduite avec mon navigateur. [Main.jpg] [Purchase.jpg] [Secret.jpg] [Credit.jpg]



B3457w4rf4r3 : C'est vraiment chelou ton truc.

Cosmic_Trashbin : Wow. Ne pense même pas à t'approcher, t'as cherché les ennuis rien qu'en cliquant sur le lien. Ils t'ont peut-être même déjà collé un keylogger à l'heure où je te parle.

B3457w4rf4r3 : Sans parler du fait que cette merde est probablement coupée au cyanure.

Cosmic_Trashbin : S'il est assez stupide pour en acheter, notre pool génétique sera meilleur sans lui, de toutes façons.

B3457w4rf4r3 : Ne jamais faire confiance à un russe.

Thuglyfe4lyfe : Je suis russe et je trouve ce message très insultant.

B3457w4rf4r3 : tu prétendais être asiat la semaine dernière, va falloir faire ton choix !

Reedman07 : Je quitte le thread cinq minutes et c'est déjà le chaos. Maintenant tout le monde se calme [censuré]. Évidemment que je vais pas toucher à ça, ces soi-disant pilules-miracle sont à 130$ la pièce. Vous me prenez pour qui, Johnny Cash ?

Thuglyfe4lyfe : c'est pas parce qu'il s'appelait cash qu'il avait beaucoup d'argent ou quoi que ce soit

B3457w4rf4r3 : Évidemment qu'il était riche [censuré], c'est Johnny [censuré] de Cash.

Cosmic_Trashbin : Et qui a eu l'idée géniale de mettre un système de censure ? Cet homme est un [censuré] de débile.

Reedman07 : Avant que ce topic finisse de dégénérer, laissez-moi juste le temps de vous dire que j'ai mis du ruban adhésif sur l'objectif de ma webcam, mais c'est sûrement juste quelqu'un qui voulait mon code de carte bleue ou un truc du genre. Je ferai quelques recherches demain, le soleil s'est levé depuis 3 heures et je suis à cours de boissons énergisantes.

Cosmic_Trashbin : J'en toucherai deux mots aux admins. Le spam n'est pas toléré ici. Faudra aussi que je voie s'ils veulent bien enlever la censure, aussi.
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Plus tard, j'ai reçu un message de HGWishingWells (un des administrateurs) me disant que le pseudo "Revelation616" n'existe pas dans la base de données, et que le seul moyen pour que j'aie reçu ce message était que le client de messagerie ait été forcé. En d'autres termes, quelqu'un a hacké le système juste pour m'envoyer un spam. N'importe quoi.

-Reed


23/10/2014

Finalement, j'ai commencé à chercher "Necrosleep" sur Google. Les résultats étaient principalement des chaînes Youtube sans rapport avec mon problème ou des vieux groupes de screamo des années 90, mais j'ai fini par repérer au milieu de tout ça un lien vers un post sur FastMD.com. On pouvait lire sous le résultat, "quelqu'un sait si le necrosleep marche pour de vrai ?" J'ai donc sélectionné le résultat, pour finir redirigé sur une page d'erreur : "Le message que vous recherchez a été supprimé et n'est plus disponible". J'aurais dû me douter. Ça ne pouvait pas être si simple.

Je suis revenu à la liste des résultats, et j'ai dû passer en revue plusieurs pages avant de tomber sur un vieux topic d'un forum de gaming où le site necrosleep.net était mentionné. Ce coup-ci, le message n'avait pas été supprimé. Au milieu d'une conversation au sujet de comment maximiser les récoltes dans un jeu de stratégie médiéval dont j'ai oublié le nom, un des utilisateurs prétendait avoir consommé du necrosleep afin de prendre soin de ses fermes 24 heures par jour.

Inutile de vous dire que les autres usagers étaient sceptiques. Le membre avait posté un lien vers necrosleep.net pour étayer ses dires, et évidemment échouait à les convaincre puisque -vous l'avez deviné- le site était ouvert à sa seule IP. De plus, il avait reçu le même code d'accès que moi (DCXVI), ce qui me laissait deviner que ce n'était qu'une petite formalité mise en place dans le but que l'invité se sente spécial. Mais ça n'expliquait pas comment ni pourquoi mon IP -et apparemment celles d'autres gens- avait été désignée parmi toutes les autres.

Ce vantard a alors affirmé que son score dans le jeu était la preuve irréfutable qu'il était resté constamment éveillé pendant tout ce temps. Mis en relation avec le temps d'existence de son compte, c'est vrai que son score était excessivement élevé. Si élevé, en fait, qu'il aurait été impossible pour lui de l'atteindre en un laps de temps si court, à moins qu'il ait joué continuellement au moins 21 heures chaque jour, ce qui ne lui laissait pratiquement pas de temps pour dormir.

Malgré ça, les autres avaient attribué sa réussite à un programme automatique qui jouait à sa place durant la nuit. L'usage d'un bot étant considéré comme de la triche, l'utilisateur avait été banni, d'après le message du modérateur à la fin du topic. En-dessous de son avatar, en petites lettres rouges, "Banni pour triche, 12/8/2006".

Je n'ai pas trouvé d'autre résultat pertinent que ce soit pour "Necrosleep" ou "necrosleep.net". On dirait que ces dealers sont particulièrement discrets. Je meurs d'envie de savoir leurs vraies motivations, après tout il y a des tas de manières bien plus subtiles et plus efficaces d'arnaquer les gens sur internet. Ça pourrait être une grosse blague, mais alors elle remonte au moins à 2006. Mais peut-être que certaines blagues ne meurent jamais.

-Reed


25/10/2014

J'ai reçu un autre MP de Revelation616. Est-ce que je suis le seul à être effrayé par ce pseudo ? En sachant ce que je sais maintenant, je me sens mal à l'aise en pensant à tous les moyens que ce type déploie pour me contacter. Pour une raison qui m'échappe, ils infiltrent le système juste pour m'envoyer ces messages et me faire ces "offres". Voici le message que je viens de recevoir :

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De : Revelation616
À : Reedman07
Sujet : necrosleep.net/backdoor

Félicitations, Reedman07. Vous avez été sélectionné pour recevoir un essai gratuit de 30 jours de Necrosleep. Venez réclamer votre cadeau exclusif sur necrosleep.net/backdoor

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Une fois de plus, ma curiosité l'a emporté. Je me suis préparé à faire face à une possible arnaque, et j'ai cliqué sur le lien. Je suis tombé sur une page contenant un champ pour entrer mon adresse, et rien d'autre. J'ai pris le temps d'y réfléchir, me disant bien que ces gens pouvaient avoir de mauvaises intentions. Mais si je donnais l'adresse de ma boîte aux lettres, qu'est-ce qu'il pourrait bien m'arriver ? Dans le pire des cas, je recevrais du courrier publicitaire ou des pilules défectueuses. En fait, c'est seulement au moment de recevoir ce qu'ils m'enverraient que je découvrirais ce qu'ils attendaient de moi...

J'ai entré mon adresse.

-Reed


28/10/2014

J'ai décidé de retourner sur le thread que j'avais ouvert sur Nocturnal Underground pour tenir mon monde au courant. Comme vous pouvez vous y attendre, ils ont eu des réactions plutôt amusantes :

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Reedman07 : Eh bien, les gars, ça a recommencé. Regardez ça. [Message2.jpg]

Cosmic_Trashbin : Ne me dis pas que t'as cliqué sur celui-là aussi.

Reedman07 : J'ai cliqué. Puis ça m'a demandé mon adresse. Mais pas de panique, je n'ai mis que ma boîte postale.

Cosmic_Trashbin : [censuré] mais t'es dingue !?

Reedman07 : J'en déduis que tu n'as pas su persuader les admins d'enlever la censure.

Cosmic_Trashbin : Bien deviné Sherlock. Apparemment ça leur fait mal au coeur de nous voir nous [censuré] sur la gueule.

Reedman07 : Je serais même pas surpris que HGWishingWells m'envoie ces messages juste pour attiser la controverse...

HGWishingWells : Moi non plus ;)

Cosmic_Trashbin : Le mystère est résolu. Tout le monde rentre chez lui.

HGWishingWells : Non sérieusement, je n'ai strictement rien à voir là-dedans. Je le jure sur la vie de mon arrière-grand-mère !

Reedman07 : Jurer sur la vie d'une personne déjà morte n'est pas la manière la plus convaincante de prêter serment !

Cosmic_Trashbin : Je crois que la blague est allée trop loin. HG, tu l'as fait ou pas ?

HGWishingWells : Non, réellement, je n'ai rien fait de tel. Les autres admins et moi, on était vraiment perplexes en voyant d'où le message provenait. Ou plutôt, d'où il ne venait pas. En tout cas il ne vient d'aucun utilisateur enregistré.

B3457w4rf4r3 : Et s'ils t'envoient réellement les médocs, tu vas vraiment les essayer ? Je le ferais pas même si on me payait 100.000 balles pour tester cette [censuré]

Cosmic_Trashbin : Personnellement, je te garantis que ce truc est trop beau pour être vrai. Aucune substance ne peut te maintenir éveillé éternellement.

HGWishingWells : J'approuve Cosmic. Reste-en là.

Reedman07 : Même s'ils m'envoient les pilules et que c'est pas juste du courrier publicitaire, j'y toucherai pas sans avoir trouvé un minimum d'infos supplémentaires. Vous me croyez vraiment stupide à ce point? Détendez-vous, les mecs. Je crois que je vais arrêter de parler sur ce thread, donc si vous voulez voir les progrès de mon enquête, gardez un œil sur mon blog. Le lien est dans mon profil.
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Bien, nous avons donc plus ou moins écarté l'hypothèse d'une farce des admins. Je pense pas qu'HG maintiendrait le doute si longtemps. Et même si les autres admins étaient dans le coup, je pense pas qu'ils iraient jusqu'à falsifier un site russe. Tout ça est beaucoup trop étrange.

-Reed


30/10/2014

La nuit dernière, un de mes potes a déposé le courrier devant ma porte (service qu'il me rendait en échange d'un peu d'aide pour le codage d'une animation flash). Je ferais pratiquement n'importe quoi pour éviter de quitter l'immeuble. Mais c'est pas le sujet ; parmi les lettres, il y avait une enveloppe qui ne portait pas l'adresse de l'expéditeur. J'ai tout de suite compris d'où ça venait.

L'enveloppe était vieille. Vraiment vieille, comme si elle avait traîné dans un grenier pendant des dizaines d'années. Je l'ai ouverte, découvrant à l'intérieur une enveloppe plus petite, en kraft, qui avait l'air au moins aussi ancienne. Sur la petite enveloppe étaient inscrits le mot "NECROSLEEP" ainsi que deux lignes d'avertissement : "à conserver dans un endroit frais et sombre pour éviter une dégradation des effets". Ça semblait avoir été tamponné sur l'enveloppe plutôt qu'imprimé.

J'ai ouvert la petite enveloppe, et elle contenait effectivement trente pilules noires, plus grossières que celles qu'on peut trouver à la pharmacie du coin. Avant que vous commenciez à vous inquiéter pour rien, je ne prendrai PAS ces pilules. Du moins, pas avant d'avoir obtenu des informations fiables à leur sujet.

À présent je sais que ces dealers russes ne voulaient pas m'envoyer des prospectus. Cela dit, on peut se demander pourquoi ils m'enverraient le médoc gratuitement alors qu'il ne marche pas. Ils veulent sûrement que je finisse par les payer, et ils ne peuvent pas espérer que je les paye si je suis déçu par l'échantillon. Et s'ils essayaient de me tuer ? J'ai jamais été très en confiance avec tout ça. Mais ma curiosité finira par avoir raison de moi.

-Reed


31/10/2014

Je viens juste de remarquer qu'il y a un point que j'ai totalement oublié d'éclaircir. Je n'ai pas encore fait de recherches sur Hail A. Stan, le docteur dont il y avait une photo sur necrosleep.net. J'ai donc fait une recherche rapide sur Google, pour découvrir -à ma surprise- qu'il avait son propre article sur Wikipédia.

L'article disait que le docteur Stan était un scientifique et physicien ukrainien qui prétendait avoir été directement impliqué dans certaines expériences décrites dans un document des années 1940. Le film vantait les mérites d'un laboratoire soviétique travaillant sur la "résurrection d'organismes cliniquement morts". Voici un extrait de l'article :

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Le film "Expériences sur la Résurrection des Organismes" décrivait diverses manipulations médicales dérangeantes impliquant des canidés. L'une d'entre elles consistait à maintenir en vie la tête décapitée d'un chien grâce à une machinerie rudimentaire qui l'alimentait en sang oxygéné.





Les opérations exécutées dans le film sont attribuées au docteur Sergei Brukhonenko. Cependant, le docteur Hail A. Stan n'a cessé de répéter que c'était lui qui avait conduit ces expériences et conçu la pompe à sang utilisée dans l'expérience du chien décapité ; Brukhonenko étant le seul crédité, car Stan était condamné à la prison à vie pour avoir conduit des expériences illégales sur des sujets humains. Il pensait qu'ayant obtenu l'accord de ses cobayes (par la voie de la corruption, certes), il n'avait commis aucune abjection morale.

Le Prix Lénine fut attribué à Sergei Brukhonenko pour la pompe à sang, tandis que Stan était emprisonné à vie. Ce n'est qu'après qu'on ait découvert les preuves filmiques de ses expériences morbides qu'il fut décidé de l'exécuter par injection létale. Ses derniers mots, articulés dans un langage inconnu, restent un mystère.

On dit que le docteur Hail A. Stan avait conduit des expériences pionnières dans la guérison de quelques maladies supposées incurables, telles que la narcolepsie ou l'épilepsie, bien que les résultats n'aient fait l'objet d'aucune publication ; c'est pourquoi la plupart de ses réalisations présumées demeurent invérifiables, et pour certains de nature occulte. Le nombre de personnes apparemment guéries par ses traitements s'élèverait à plusieurs milliers entre 1930 et 1940. Les tentatives ultérieures d'application des rares traitements de son fait qui soient liés à une bibliographie tangible échouaient invariablement, menant beaucoup de ses confrères à considérer son travail comme une pseudo-science.

Certains pensent que Hail A. Stan a aujourd'hui un successeur, et que ses cures miraculeuses sont toujours pratiquées en Ukraine et en Russie et vendues dans le monde entier. Plusieurs personnes ont prétendu recevoir d'étranges mails et offres concernant le travail du docteur ; aucune enquête n'a pu apporter de preuve à ces affirmations.
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J'admets que certains des faits décrits me troublent un peu. Des expériences morbides sur sujet humain ne sont pas précisément plaisantes à s'imaginer. Mais il me semble que cet homme ne faisait que ce qu'il jugeait nécessaire pour faire avancer la connaissance. Peut-être qu'il était vraiment sur le point d'arriver à quelque chose d'important. Peut-être que ses traitements ne pouvaient pas être reproduits justement parce qu'ils étaient trop en avance sur leur temps. Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c'est que j'ai reçu une des offres dont l'article précise bien qu'elles n'existent pas.

Peut-être que j'ai réellement été sélectionné pour recevoir un cadeau trop précieux pour être livré aux masses. Peut-être qu'ils pensaient très sérieusement que ça pourrait changer ma vie.

-Reed


1/11/2014

J'ai la pilule dans la main, j'attends le bon moment pour la prendre. J'y ai mûrement réfléchi. Je sais très bien que ce n'est pas très prudent, mais j'ai le goût du risque. Au pire, si ça tourne mal, j'ai pas grand-chose à perdre. La vie n'est rien sans un peu de danger, et plus que tout, je veux connaître le but de ces gens. J'ai besoin de savoir ce qu'ils veulent me faire. J'ai besoin de savoir ce que j'ai manqué.

Il n'y a qu'un moyen de le découvrir.

-Reed


3/11/2014

J'arrive pas à le croire. Ça marche vraiment. J'ai pas dormi depuis 3 jours et je ne me sens même pas fatigué. Bon dieu ! De toute ma vie je m'étais jamais senti aussi lucide et aussi vif. Je sais pas ce qu'ils ont mis là-dedans, mais ÇA MARCHE. Je sais pas combien de temps exactement ça va faire effet, j'essaie de ne pas m'emballer. Mais ce qui est sûr, c'est que je n'aurai plus jamais besoin de dormir. Plus jamais.

Jusqu'ici, tout baigne.

-Reed


4/11/2014

Après 4 jours ça continue de marcher parfaitement. Mais, récemment, la lumière a vraiment commencé à m'ennuyer, alors j'ai scotché des morceaux de carton sur les vitres. Je n'avais jamais aimé cette fenêtre de toutes façons. La nuit, j'ai cette impression bizarre que quelqu'un me regarde de l'extérieur, et ça me rend plus anxieux que d'habitude. On s'imagine facilement voir quelque chose d'inconnu apparaître par la fenêtre, jusqu'à ce qu'on se rende compte que c'est juste notre imagination qui fait sa soupe en fixant la vitre. Mais peu importe, le problème est réglé maintenant.

J'ai aussi remarqué quelque chose d'intéressant en prenant ma pilule du soir. Jusqu'à il y a peu, je n'avais pas vu ce symbole tamponné à l'intérieur de l'enveloppe de kraft. Oui, à l'intérieur. Je suis sûr d'avoir déjà vu ce symbole quelque part, mais j'arrive pas à me rappeler où. C'est une croix dont une des branches est prolongée par une sorte de crosse recourbée. Peut-être qu'ils avaient juste réutilisé une vieille enveloppe en la retournant, ou un truc du genre.

-Reed


5/11/2014

Merci à un de mes lecteurs qui m'a signalé quelque chose que je n'avais pas compris ; oui, le symbole imprimé dans l'enveloppe était un symbole satanique... Je me sens bête. Inutile de vous dire que je ne touche plus à cette merde. Ce genre de choses m'effraie vraiment. J'en ai assez vu. J'aurais aimé voir ce commentaire avant de prendre ma pilule ce soir, mais j'arrête dès demain. Je veux dire, ça n'a pas pu me faire déjà tant de mal, et je me sens bien, je suis juste un peu stressé par tout ça. C'est juste un symbole, sûrement une erreur d'impression. Mais dites-vous bien ça : je fricote pas avec les démons. On se verra en enfer, pas de raison de se presser.

-Reed


6/11/2014

Durant cette semaine, j'avais pris une pilule noire chaque soir à 22 heures. Je prévoyais d'arrêter ce soir-là, mais aux alentours de 22h30, j'ai commencé à avoir d'horribles migraines, et ça a empiré depuis. Je pensais que c'était juste le fait de se réadapter à la vie sans Necrosleep, alors j'ai attendu une heure de plus, et puis j'ai craqué. J'ai pris une autre pilule.

Je sais que j'aurais pu arrêter si je l'avais vraiment voulu, mais je commence à me dire qu'il n'y a pas vraiment de raison de le faire. Je veux dire, je n'ai plus besoin de dormir, je suis plus vif que jamais, je devrais juste me calmer un bon coup et cesser d'avoir des réactions irrationnelles.

-Reed


9/11/2014

J'ai dû trouver un moyen de tuer tout le temps libre que j'ai maintenant que je ne dors plus. Je me suis fait 5000 balles en une seule journée de transactions virtuelles ; ça n'inclut pas mes parties de poker en ligne des derniers jours qui crèvent carrément le plafond. Je me suis mis soudainement à avoir cette habileté naturelle avec les chiffres que je n'avais jamais eue avant. J'avais toujours vécu dans l'abrutissement jusqu'à maintenant... Ils avaient raison. Ce truc est vraiment en train de changer ma vie.

-Reed


11/11/2014

Voici une anecdote plutôt étrange pour vous, les gars. J'étais assis sur mon canapé, en train de réfléchir à mes affaires, quand j'ai aperçu deux yeux brillants qui me regardaient depuis le coin de la pièce. Ça ne m'a même pas fait réagir, j'ai pensé que c'était juste Brindille qui rôdait. On voit les yeux d'un chat dans le noir au moindre rai de lumière, qu'est-ce que ça aurait pu être d'autre ? J'ai détourné les yeux, et au même moment, je l'ai sentie. Brindille qui se blottissait contre moi.

J'ai de nouveau regardé dans l'angle : ces petits yeux brillants continuaient de me fixer alors que Brindille était clairement à côté de moi. J'ai cligné des yeux, et ils étaient partis. Ça va mal, mon dieu. Ça devait être dans ma tête. Pourtant je m'en souviens très clairement. En y repensant, j'aurais dû savoir depuis le début que c'était pas Brindille. Les yeux des chats ne brillent pas en rouge.

Enfin bon, espérons que c'était juste une petite hallucination. Et puis après tout, qu'est-ce que ça pourrait être d'autre ?

-Reed


12/11/2014

Je vais bientôt être à cours de nourriture. Évidemment, je pourrais aller faire les courses moi-même, mais... cette pensée m'effraie. L'idée de quitter la sécurité de mon appartement - l'idée d'avoir des interactions sociales - je la redoute plus que jamais. J'ai toujours préféré rester à l'intérieur que sortir, mais j'en avais jamais été autant terrifié. Je n'étais pas angoissé à ce point avant.

Aucun des amis que je fréquente par messagerie instantanée n'a été en ligne récemment, et ils ont arrêté de laisser des commentaires sur mon blog. Qui ira me chercher à manger ? Et si j'étais forcé de sortir ? Je devrais pas paniquer comme ça, honnêtement. C'est stupide. Arrête de psychoter, andouille. Arrête de psychoter, andouille. Arrête de psychoter, andouille.

-Reed


13/11/2014

Mon ami Jake est passé sur mon service de messagerie. Ça a été un soulagement de parler à quelqu'un, jusqu'à ce qu'il en vienne à dire : "je refuserai de t'apporter ta bouffe jusqu'à ce que tu acceptes de sortir de ton trou." Voilà ce qu'il me proposait, me traîner dehors et sortir en boîte avec les autres en échange d'un peu d'aide. J'ai refusé.

Il s'inquiétait pour ma santé, apparemment. Je peux pas lui reprocher de penser que je suis en train de devenir une espèce d'ermite condamné à mourir seul dans son taudis, mais il ne comprend pas. Personne ne comprend. Au pire je suis presque sûr de pouvoir tenir au moins jusqu'à Thanksgiving avec ce qui me reste, du moment que j'essaie de me restreindre.

-Reed


15/11/2014

Je dois vous faire part d'une autre expérience étrange que j'ai eue hier. J'avais laissé ma télé allumée jusqu'à très tard, car le silence m'irrite. Il y avait ce show pour enfants, Bucko's Garden, vous savez, ce show qu'on regardait tous en étant gamin jusqu'à être assez mature pour comprendre à quel point c'est stupide et dénué de sens. C'était ça qui me servait de fond sonore, émis depuis l'angle de la pièce par ma vieille télé. En fin de compte, faute de mieux, ça me distrayait.

Ça devait être l'épisode de Thanksgiving, sachant que Bucko (un type déguisé en cerf avec un visage humain) était dans sa cuisine à préparer des patates douces et des canneberges. C'était dans la moyenne des épisodes de la série. Ça a commencé à devenir un peu plus bizarre quand il a décidé de laisser les canneberges (des enfants dans des costumes représentant le fruit) aller dans le jardin à la dernière minute, comme s'il relâchait des insectes qu'il avait capturés. Les patates douces n'avaient pas eu cette chance.

Bucko a alors envoyé ses amis oiseaux récupérer une tourte à la citrouille sur l'arbre à tourtes, et ses amis écureuils traire de la sauce de viande de la vache à sauce, qui, dans le même temps, régurgitait de la purée. Je vous avais bien dit que cette émission était bizarre, mais ce n'est que le début.

J'avais pas réalisé que quelque chose n'allait pas avant que Bucko sorte un couteau - un vrai couteau de tueur, tranchant comme un rasoir, du genre qu'on ne s'attend pas à voir dans une émission pour les tout-petits. De sa main libre, il a ouvert la porte du four, et il a sorti le plat qui cuisait. Pas un jambon, ni une dinde.

Un fœtus humain. Rôti.

Sainte mère de Dieu.

J'arrivais même pas à croire ce que je voyais. Comment un truc pareil avait pu être autorisé à passer à la télé ? Est-ce que mes yeux me trompaient ? Je ne sais pas, mais j'ai éteint le poste au moment où il commençait à découper sa pièce de viande. C'était trop loin dans le gore, même pour moi.

Je suis toujours en train de me demander si j'ai vraiment vu ce que j'ai vu. Je pouvais pas être en train de rêver, je ne me suis même pas assoupi une fois en 15 jours. Je... je sais même pas. Il doit y avoir quelque chose qui va pas avec moi. J'ai oublié le mot de passe de mon PC, même après que je l'aie changé et que je l'aie écrit quelque part et j'ai oublié où je l'ai écrit et j'ai écrit quelque part j'ai oublié

J'arrive même plus à penser clairement.

-Reed


18/11/2014

Je vais pas vous mentir. Je suis terrifié au plus profond de moi, là.

J'étais allé à la salle de bains dans l'idée de prendre ma première douche depuis des semaines. Je n'imaginais pas qu'en ouvrant la porte je découvrirais autre chose que mon propre reflet dans le miroir.

Au lieu de ça, j'ai vu cette chose. Derrière moi, droite comme un I. Complètement immobile. J'étais tétanisé, plus effrayé que je l'avais jamais été dans toute ma vie. Vous ne connaissez pas la vraie peur. Vous n'avez pas idée. Je le revois encore, gravé dans ma mémoire. Ce visage. C'était... démoniaque.

Il a disparu aussi vite qu'il était apparu.

J'aimerais dire que je me faisais encore des idées, mais ça semblait vraiment trop réel. Je retourne pas dans cette salle de bains. Je me contenterai du lavabo. Je peux pas supporter ça. Je crois que ces pilules sont en train de me miner le cerveau. Faut que j'arrête. Faut que j'arrête ça tout de suite. Je ne me sens même plus en sécurité dans mon propre appartement. J'ai l'impression que les ombres me regardent.

-Reed


20/11/2014

J'ai encore essayé d'arrêter le Necrosleep, mais j'ai eu un brusque changement d'avis à la dernière minute. Quelque chose m'a dit que je ne devais pas. Comme une voix dans ma tête. J'ai eu l'impression que j'allais faire quelque chose de mal et que ma vie s'effondrerait si je tentais encore. Je pense pas que ça soit normal, la vie que je mène, mais je peux pas imaginer quelque chose de mieux pour moi. J'ose même pas penser à m'exposer à la lumière du jour, ni même la lumière de la lune pour ça.

Tous mes contacts de messagerie instantanée sont restés hors ligne depuis que j'ai parlé à Jake, et je sais pas si je pourrai tenir encore une semaine de plus avec ce qu'il me reste de provisions. Brindille commence à maigrir depuis qu'elle partage ses croquettes avec moi, mais ça ira, du moment que quelqu'un vient pour Thanksgiving. En parlant de ça, personne ne m'a invité pour le repas de Thanksgiving, pas même ma famille. Mais ça va, je hais mes parents de toutes façons. Qu'ils aillent chier.

-Reed


22/11/2014

Les voix dans ma tête se font nombreuses. Elles sont horribles. Je sais plus quoi faire. Est-ce que c'est un effet secondaire ou un truc du genre ? Par moments, j'arrive même plus à m'entendre penser, comme si je perdais le contrôle sur mes propres idées. Et ce sont des pensées si sombres... ça me ressemble pas de m'imaginer des trucs de ce genre. Je ferais de mal à personne, je suis pas ce genre de mec...

J'ai essayé de retourner sur necrosleep.net pour voir si j'avais pas loupé quelque chose au sujet de possibles effets secondaires, et j'ai vu que le nom de domaine n'était plus utilisé. Le site avait été fermé.

Je sais vraiment plus où j'en suis. Je commence à avoir vraiment peur de ce que je suis en train de devenir.

-Reed


24/11/2014

Toc-toc. J'ai demandé qui c'était, criant à travers la vieille porte pleine de courants d'air. C'était Jake et Douglas, mes "amis". Apparemment, ils étaient venus m'aider après avoir lu mes messages de détresse sur le blog. Mais évidemment, c'était à la seule condition que j'accepte de leur ouvrir la porte et que je sorte pour les voir. Suspect.

Qu'est-ce qui me prouve que je peux leur faire confiance ? Je sais bien que ça fait des années que je le fais, mais, et s'ils avaient eu cette patience de gagner toute ma confiance juste pour faire passer de mauvaises intentions après ? Et si la bouffe qu'ils m'apportaient était droguée ? Et si on me poignardait au moment où j'ouvre la porte ? J'ai compris qu'il n'y avait aucune vraie preuve que je pouvais croire en eux, je ne peux même plus croire en moi-même. Je sais même pas qui je suis. Peut-être que j'ai toujours été un monstre sadique et que je l'avais jamais su avant. Mon vrai moi est peut-être enfin en train de sortir.

-Reed


25/11/2014

Les voix ne veulent pas s'arrêter. Je croyais qu'elles étaient malveillantes, mais je ne suis plus sûr. Des fois, j'ai l'impression qu'elles font tout pour me libérer. Elles cherchent désespérément à se faire entendre. Elles me montrent des choses, des choses horribles, et après qu'elles me les aient montrées, elles ne me semblent plus si horribles. Je suis apathique. Je ne ressens plus rien.

Je sais qu'il y a une chose que je peux faire pour ressentir à nouveau. Une partie de moi dit que c'est mal. Mais les voix affirment le contraire.

Les voix sont mes amies maintenant.

Les démons sont mes amis.

-Reed


26/11/2014

Brindille est au paradis maintenant. Je devais le faire. Je devais savoir quel goût ça a. Je m'en suis satisfait un temps, mais il m'en faut plus. Je croyais que je quitterais plus jamais cet appart, mais je n'ai plus le choix maintenant. J'en veux plus. Le visage s'énerve. Les voix s'énervent. Mon cœur me fait tellement mal. Il m'en faut plus. Ça fait si mal. Il m'en faut plus. Ils me font du mal. Je dois leur en donner plus. Ils en veulent plus. Il m'en faut plus. Il faut que ça s'arrête. Il m'en faut plus IL M'EN FAUT PLUS

FAUT QUE CA S4ARRETE



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Rapport de police, partie 1 - Thanksgiving - 27/11/2014

Victime : Paul Murdock

Agresseur : Reed Murdock

La police est arrivée sur les lieux après un appel frénétique de Margaret Murdock (mère de l'agresseur). La victime (père de l'agresseur) a été trouvée en train d'être mutilée et soumise à des actes de cannibalisme par l'agresseur.

Celui-ci a été abattu après avoir répondu négativement aux sommations tandis qu'il continuait de manger son propre père, dont le crâne était entièrement ouvert. L'usage de drogue est suspecté chez l'agresseur.

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Rapport de police, partie 2 - 29/11/2014

Le domicile de Reed Murdock a fait l'objet d'un examen minutieux par les enquêteurs. La carcasse d'un chat, sans poils, décapité et éventré se trouvait sur le plan de travail de la cuisine. Le sang et les fluides corporels du chat étaient répandus dans tout l'appartement, tandis que la tête, totalement écrasée, avait été séparée de son cerveau (lequel n'a pas été retrouvé sur les lieux).

L'appartement était habité par une personne dont l'esprit a très clairement défailli, au vu de l'aspect nauséabond et malsain de l'endroit. Un vieux téléviseur se trouvait dans un angle de la pièce à vivre, allumé, mais ne diffusait que de la neige. L'antenne était absente.

Un paquet suspect de pilules non identifiées a été trouvé sur les lieux. L'ordinateur du résident ainsi que certains de ses effets personnels ont été emportés pour une analyse plus poussée.

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Rapport d'autopsie - 4/12/2014

Sujet : Reed Murdock

Le contenu du tractus digestif de Reed Murdock était un mélange répugnant de tissus humains, principalement tissu nerveux et liquide spinal. L'examen du cerveau lui-même, cependant, a montré des choses beaucoup plus étranges.

Le système nerveux était très visiblement en cours de dégénérescence ; le tissu nerveux apparaissait noir et rouge plutôt que de l'habituelle teinte gris rosé, et était criblé de nombreux trous. Un examen plus minutieux a permis de repérer des milliers de petits parasites noirs fixés à la surface de l'encéphale. Ils seraient la cause de l'état psychologique de l'homme au moment des faits.

Les tests pratiqués sur les parasites sont non-concluants, ils ne correspondent à aucune espèce connue. Des études plus poussées sont requises.

Les pilules trouvées au domicile de Reed Murdock ont fait l'objet de tests et se trouvaient contenir une pléthore de substances rares, parmi lesquelles des euphorisants hautement addictifs, des hormones humaines, et les œufs de parasites, qu'on présume destinés à demeurer en diapause dans un lieu frais et sec jusqu'à leur introduction dans l'hôte, où ils peuvent éclore et finalement envahir le système nerveux. Il nous est pour l'instant impossible de savoir d'où viennent les pilules et comment le meurtrier les a obtenues ; on peut toutefois présupposer que la personne qui les a produites avait de mauvaises intentions.

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Rapport de police, partie 3 - 6/12/2014

Deux amis proches de Reed Murdock - Jake Fairfax et Douglas Lopez - ont été interrogés au poste de police. Ils ont vite fait allusion à son blog, où il a retracé de jour en jour le chemin qui l'a conduit à la folie. Il se trouve que le blog avait mystérieusement disparu d'internet pour des raisons inconnues.

Ils savaient pour les pilules étranges que leur ami consommait, et prétendaient qu'il les avait obtenues via le site necrosleep.net.

Les enquêteurs ont confirmé peu après que necrosleep.net n'existait pas.